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Interview : Michel Spinosa (anna M.) [page 3]

Par - publié le 20 décembre 2007 à 19h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h33 - 0 commentaire(s)
Vous parliez de photos, qu’est-ce que vous recherchiez visuellement comme ambiance ?
Je me suis positionné comme si je faisais un film d’époque, j’ai tout choisi, le moindre élément, de façon très minutieuse. Je voulais obtenir un univers assez intemporel inspiré par la peinture baroque, les tableaux de Rembrandt, de Vélasquez, de Latour, avec souvent des fonds bruns, verts, assez unis où la lumière vient dessiner le personnage. Je trouvais que cela collait assez bien au récit, cela permettait à Anna de se détacher du décor, la lumière transfigurant l’atmosphère en lui apportant une touche quelque peu fantastique. J’avais envie, pour pouvoir rentrer dans l’univers d’Anna, de la faire évoluer dans un monde où elle était en quelque sorte une étrangère, écrasée par un Paris trop grand pour elle, oppressant. Je me suis également inspiré de photos de Cindy Sherman, qui a beaucoup travaillé sur elle-même en se prenant comme modèle et qui s’est souvent mise en scène étendue dans l’attente d’un signe, d’un appel, d’une marque d’amour. J’ai revu également des tableaux de Lucian Freud, qui a peint beaucoup de jeunes femmes mélancoliques allongées ou encore des tableaux d’une école anglaise préraphaélite où l’image d’Ophélie devient celle de la jeune fille romantique reposant les yeux tournés vers le ciel, image reprise par Sofia Coppola dans Virgin Suicide et c’est la raison pour laquelle j’ai souvent filmé Anna allongée. Je voulais cette dimension de la jeune fille amoureuse attendant un signe, c’est une dimension légèrement mystique, elle espère qu’on l’appelle et s’est enfermée dans cet espoir qu’elle interprète le message diffusé sur les ondes radiophoniques.



Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui de cette aventure ?
J’ai beaucoup aimé la note finale de ce film où nous nous sommes retrouvés en équipe légère à la montagne pour la dernière scène, j’ai apprécié la liberté, l’insouciance au cœur de ce décor magique et j’adorerais pour mon prochain film aller ailleurs, je vais écrire un scénario qui me permettra de m’échapper ainsi. Mais comme je mets toujours beaucoup de temps à mettre en place un nouveau projet, je suis pour le moment parti pour une nouvelle longue période de rêveries.

Propos recueillis par Sophie Wittmer
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