Par - publié le 18 avril 2006 à 09h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h53 - 0 commentaire(s)
Onze ans. Onze ans qu’on attendait le retour du grand Michele Soavi après son inestimable champ du cygne Dellamorte Dellamore. Et par chance, son retour est pour cette année. Le metteur en scène italien débarque avec un nouveau long métrage Arrivederci, amore, ciao, une fable ironique et amère, étrange et inapprivoisable, qui appuie une vigueur et une envie de faire du cinéma roboratives. C’est la renaissance d’un cinéaste de ses cendres, doublée d’un polar atypique et séduisant traversé de fulgurances et d’instants de grâce. Présent au festival de Cognac, où il est venu présenter le film en compétition, le réalisateur revient sur une carrière à son image : singulière, tortueuse et surprenante.



Excessif : Entre Dellamorte Dellamore et Arriverderci, amore, ciao, vous avez fait de nombreux téléfilms essentiellement polardeux mais vous avez arrêté le cinéma. Pourquoi avez-vous mis 12 ans pour y revenir ?
Michele Soavi : C’est la question que je me suis posée pendant toutes ses années (sourire). Non, en fait, c’est très simple : Dellamorte Dellamore qui s’inscrivait comme un film sur les morts-vivants était une manière de mettre fin à toute une époque. Dans un certain sens, le film bouleversait les codes du genre. Les morts-vivants n’étaient pas effrayants et le récit donnait plus d’importance à la psychologie de personnages en lutte contre une chose. Après ça, j’ai eu envie de refaire un film sur des morts-vivants, mais en même temps, j’ai reçu beaucoup d’offres, notamment pour aller travailler aux Etats-Unis. Et comme vous savez, l’industrie cinématographique américaine ressemble à une grosse machine (il imite le bruit). Deux ans après Dellamorte Dellamore, j’étais encore en train de lire des scripts mais rien ne m’intéressait. A ce moment-là, je me suis dit que ce n’était pas la peine de faire un film qui ne me plaisait pas. Pour moi, l’intégrité du film était importante. Je ne voulais pas réaliser quelque chose qui ne me plaisait pas. Par la suite, on m’a proposé des sujets de téléfilms dont les sujets m’ont passionné. Sur la forme, c’étaient des thrillers et des films policiers lambda mais cela m’a appris à traiter la réalité. Il y en a en particulier sur lequel j’ai beaucoup appris, c’est I deitti della uno Bianca. Cela s’inspire de l’histoire vraie de policiers qui utilisaient une Fiat Uno blanche, la voiture la plus célèbre en Italie, pour accomplir leurs méfaits, dévaliser des banques.... Cet événement a marqué l’histoire du pays. En dix ans, ce gang a tué une trentaine de personnes dont des carabinieri. Après une enquête, ils ont finalement découvert qu’il s’agissait de flics. Cette expérience m’a permis de m’approcher des faits divers, chose que je n’avais jamais vraiment fait avant Dellamorte Dellamore. Après ça, j’ai alterné avec Ultima Pallottola, un téléfilm sur un serial-killer qui est à la fois sanglant et terrifiant. Donc entre les deux longs pour le cinéma, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ou de me poser des questions sur un possible retour au cinéma parce que j’étais constamment occupé. Surtout, cela m’a permis de travailler la direction d’acteurs. Je me suis rendu compte que c’était crucial alors que précédemment, je n’y prêtais pas plus d’importance que ça. Toutes ces années m’ont permis d’expérimenter au niveau de la réalisation et de perfectionner certaines choses sur lesquelles je n’étais pas forcément à l’aise. Arriverderci, Amore, ciao peut se définir comme une sorte de mélange de toutes ces années et c’est un miroir de ce que je suis aujourd’hui. Et puis réaliser ce nouveau film m’a redonné le goût du cinéma. J’y ai pris un plaisir infini. La télévision et le cinéma sont deux choses diamétralement opposés dans le sens où dans le domaine télévisuel, vous ne pouvez pas conclure votre récit de manière immorale où le mal finit par l’emporter. Quand ça se termine bien, les téléspectateurs sont heureux et peuvent éteindre leur télé en dormant bien la nuit. La conclusion de Arriverderci, amore, ciao est en réponse à ces années de télévision où la morale devait être sauve. Le cinéma accepte plus facilement l’idée et ne cède pas à la censure.



Vous avez travaillé avec Terry Gilliam sur Les Frères Grimm et bien avant sur Les aventures du Baron de Munchausen. Pouvez-vous nous parler de votre expérience sur ce film ?
Je connais Terry depuis très longtemps puisque effectivement j’ai travaillé en tant que seconde équipe sur Le Baron de Munchausen. En travaillant sur ces films, cela me permet de faire la distinction réelle entre les films à gros budget et les films à petit budget avec toutes les contraintes que cela peut générer. Je suis un très grand fan de son travail. C’est quelqu’un d’extrême, d’imprévisible et de surprenant. Il ressemble à un gamin avec plein de jouets autour de lui. Mais il a toujours cette envie d’en faire plus, d’en avoir plus. Pour lui, rien n’est jamais assez pour donner le meilleur au film. Pour ma part, quand je le vois diriger un film, c’est très stimulant parce qu’il confère sa folie des grandeurs aux autres. C’est quelqu’un de si extrême qu’il accepte mal les échecs. Il ne s’est jamais remis de son adaptation de Don Quichotte qui peut se résumer à une accumulation de malchance. D’ailleurs, il ressemble à Don Quichotte dans sa façon de se battre contre le monde pour réaliser ses projets envers et contre tous. Pour Les Frères Grimm, il m’a appelé pour me demander si j’étais libre pour lui donner un coup de main. J’étais très honoré. Je n’avais pas la même conception du film que lui sur Les Frères Grimm contrairement à Munchausen que j’ai préparé en amont. Sur Munschausen, je me souviens que j’ai beaucoup travaillé avec Sarah Polley qui était toute jeune à l’époque, notamment pour tout ce qui concerne les doublures. Sur Les Frères Grimm, il m’a confié des scènes précises comme la séquence du puits qu’il avait déjà storyboardée, celle des tombes, celle où le héros grimpe la tour ou encore celle du cheval. Je devais repartir en Italie pour faire Arrivederci, amore, ciao. Finalement, cela m’a pris plus de temps et j’ai mis trois ans pour le faire.


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