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Interview : Nacho Cerda (abandonnee) [page 1]

Par AB / RLV - publié le 30 mai 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h40 - 0 commentaire(s)
Malgré des styles dissemblables, tous les petits films de Nacho Cerda ont pour point commun d’être hantés par la mort (la nécrophilie dans Aftermath, le deuil impossible dans Genesis, l'arrêt du temps dans The Awakening) et d’être construits comme des purgatoires brûlants où des personnages détraqués sont coincés entre la vie et la mort et cherchent désespérement une issue salvatrice pour faire la paix avec eux-mêmes. A priori éloigné de ses précédents opus ne serait-ce que par son sujet (une histoire classique de maison hantée et de malédiction familiale), son premier long métrage Abandonnée, réalisé à la place du projet de western Oblivion trop couteux et ambitieux, n’échappe pas à la loi des limbes. Bien que secondé, Cerda impose une vraie personnalité et refuse une nouvelle fois de cligner à l'oeil du spectateur (agression des sens, travail sur le son destabilisant) pour favoriser un climat oppressant, privilégier une prise de risque permanente, instiller une peur blanche sans mode d’emploi. De passage à Paris, on en a profité pour le consulter.


Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour passer au long métrage ?
C’est pas facile de faire un film, c’est même un privilège. Il y a beaucoup de gens talentueux qui essaient d’en faire mais qui n’ont pas la chance d’accéder à l’industrie et donc de pouvoir réaliser leurs rêves. Alors, c’est vrai qu’un long moment s’est écoulé entre mes courts métrages et mon premier film, mais en fait, c’est surtout parce que, avant Abandonnée, je me suis investi dans des projets qui n’ont pas abouti. Si l’on prend en compte qu’il faut entre un et deux ans pour développer un projet, j’ai beaucoup travaillé durant cet intervalle mais hélas sans résultat concret à l’arrivée. Après, il y aussi le fait que je voulais à tout prix trouver une histoire qui me remplisse vraiment et qui me donne envie de la raconter. J’ai besoin de ce rapport intime avec l’histoire que je dois raconter. C’est pourquoi d’ailleurs je ne pourrais pas faire une comédie, je ne suis pas connecté avec ce genre d’histoires. Depuis la sortie du film aux Etats-Unis, je reçois beaucoup de scénarios, j’en ai lu énormément et je n’ai pas vraiment trouvé de quoi me motiver. A part un scénario que je trouvais extraordinaire et que je voulais à tout prix réaliser. Hélas, ce scénario était tellement bon qu’ils l’ont finalement filé à Clint Eastwood, qui va en faire son prochain film (The Changeling, drame mystérieux situé dans le Los Angeles des années 20, avec Angelina Jolie – ndlr).


Quelles sont les différences fondamentales entre réaliser un court et un long ?
Le long-métrage a été un peu comme une thérapie psychologique. Pour le court-métrage, on fait appel à la famille et aux amis, donc c’est une autre façon de produire. Tandis que pour le long métrage, l’équipe de tournage est beaucoup plus grande. Il faut une convivialité avec cette équipe qui demande un autre budget et une autre logistique. Une autre façon de penser. Ça a beaucoup affecté mon travail. Ce n’était pas une expérience négative. C’est un peu comme dans le film, ce que le film raconte: il faut avoir cette capacité à oublier le passé et les idées préconçues pour pouvoir continuer vers l’avant. Et c’est ce que j’ai expérimenté sur ce long. Il y a pas mal de problèmes qui ont surgi mais je me suis senti plus relâché et tranquille pour trouver des solutions rapides. Quand je faisais les courts-métrages, j’avais l’impression de conduire une voiture avec les idées préconçues que j’avais dans la tête pour pouvoir après les reconduire. Je me trouvais rigide visuellement par rapport à ce que j’avais pu imaginer. Dans le long, j’ai voulu changer cette façon de faire pour être encore plus organique. J’ai essayé de bouger la caméra en fonction des acteurs. Avant, les acteurs bougeaient en fonction de ce que j’amenais. Tout ce qu’on imagine n’est pas ce qu’il y a de bon à montrer visuellement. J’ai également compris qu’un réalisateur devait bien choisir son équipe. Si on choisit bien les gens qui nous entourent, à ce moment-là, quand il y a des problèmes, ils apportent des idées qui iront vers un même objectif car ils connaissent ton point de vue et savent vers quoi je tends.


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