Nom : Sébastien Prangère. Profession : monteur, réalisateur de suppléments. Possédant à son actif le montage du
Pacte des Loups et
Saint Ange (entre autres), Sébastien Prangère a conçu les DVD de
Crying Freeman sorti en 2001, et de
Necronomicon, sorti le 03 Février dernier dans les bacs, film fantastique à sketchs dont le premier des trois marquait les débuts de Christophe Gans à la réalisation sous l'égide de Samuel Hadida et Brian Yuzna (Re-Animator).
Après une production de ce DVD collector s'étalant sur presque quatre années, ce proche du réalisateur nous explique ici la genèse de cette édition très riche en suppléments - tous réalisés par ses soins -, la supervision de la restauration, ses difficultés, ses facilités, ses choix, son opinion sur la haute définition qui se profile pour succéder au DVD, et tout plein d'autres choses passionnantes sur le métier de concepteur de DVD.
NECRONOMICON : LA CREATION DU DVD.dvdrama : Entre l'annonce du DVD et sa sortie dans les bacs, quelques années se sont écoulées. Que s'est-il passé durant tout ce temps ?Sébastien Prangère : Necronomicon est avant tout un projet sur lequel on pouvait prendre notre temps. Il ne s'agit pas d'un DVD que l'on doit livrer six ou neuf mois après sa sortie salles. Sont intervenus plusieurs aléas tout à fait naturels. Entre le moment où on prend la décision de lancer la production du DVD, de commander un télé-cinéma, que l'on se renseigne pour les devis et que l'on récupère la pellicule, trois mois minimum se sont déjà écoulés. Il faut ensuite prendre en compte les plannings de chacun. Il suffit que Christophe Gans ou moi ou quelqu'un d'autre attaché au projet soit occupé ou indisponible, et la production n'avance plus. Christophe a ses projets de réalisation, et moi je suis monteur. Il a fallu planifier la réalisation des bonus, leur montage, l'étalonnage du film, le remixage en 5.1, les traductions pour les sous-titres, et essayer de tout avancer en parallèle. Par exemple ça n'a l'air de rien, mais scanner les story-boards pour les inclure en bonus m'a prit une semaine complète. C'est un boulot de fou, mais je m'en suis chargé personnellement car ce ne serait jamais rentré dans le budget si on avait dû confier ça à quelqu'un d'autre. Mais j'y tenais, j'aime beaucoup le travail de Thierry Ségur sur ces storyboards, et je voulais absolument le montrer. Quelque part c'est complètement irréaliste, ça prend un temps dingue. Et cette semaine passée à scanner des story-boards, c'est une semaine de moins pour aller monter les suppléments, interviewer des gens, aller vérifier l'état du master au labo, ou vérifier les sous-titrages… Un DVD quelqu'il soit demande énormément de travail. Même un tout simple. Donc quand on part de rien comme sur
Necronomicon, à part une série de contacts, quelques photos et quelques images d'archives de je ne sais où, il faut aller fouiller, tout gérer, etc. Le temps passe vite.
Sur les suppléments, était-ce volontaire de ne donner la parole qu'aux producteurs, technicien et réalisateurs et mettre de côté les acteurs ?Il est impératif avant de commencer l'aspect éditorial du DVD de choisir un angle pour le traiter. Le DVD de
Crying Freeman venait de rencontrer un joli succès, enchaîné avec celui du
Pacte des Loups. La sortie de
Necronomicon s'est alors imposée comme une évidence. L'idée de départ est alors provenue de toutes ces anecdotes que Christophe Gans racontait à son entourage et qui faisait rire tout le monde tellement le tournage semblait épique. C'est là notre angle d'attaque éditorial. Si la conception du DVD était revenue à quelqu'un de Anchor Bay (ndlr, éditeur américain connu pour ses éditions soignées de film bis), il serait alors allé voir Brian Yuzna et aurait axé les suppléments autour de lui. Peut-être que si c'était à refaire, je solliciterais effectivement un peu plus Brian. Mais je connais très bien les histoires de Christophe, et ça me semblait donc plus simple de l'impliquer en priorité. Un choix encore plus logique puisqu'il s'agit d'un DVD français. Pour ma part, je suis monteur, et donc forcément plus intéressé par l'aspect technique du film, son côté artisanal. Je prêche pour ma chapelle, mais c'est vraiment ce que je trouvais de plus passionnant à explorer. J'aurais effectivement aimé impliquer les acteurs, mais cela entraînait pas mal de difficultés suppléments. J'ai par exemple contacté Jeffrey Combs (Lovecraft dans le film, ndlr), mais le rencontrer était trop contraignant. Je regrette de ne pas avoir essayé Richard Lynch. J'aurais dû quand même, il doit avoir plein d'anecdotes à raconter. Mais en même temps chaque acteur n'a eu qu'une implication très courte dans
Necronomicon, film à sketchs oblige : j'avais peur qu'ils ne se souviennent vraiment plus de rien. Aller chercher David Warner m'a aussi effleuré l'esprit, mais je savais qu'il n'était pas forcément très sympathique en interview...
J'aimerais effectivement bien réaliser un autre DVD qui dévoilerait ce qu'est un comédien de série B. Il y aurait vraiment quelque chose à faire sur Jeffrey Combs ou Richard Lynch… Bruce Campbell, on en parle même pas, ça a déjà été fait. Il travaille lui-même son image, il s'est occupé de son documentaire sur lui-même.
Mais pour conclure sur ce point, réaliser le DVD ultime sur
Necronomicon, celui qui raconte tout, serait impossible. En plus ça n'aurait même pas d'intérêt. Ma démarche a été éminemment subjective, mon but étant de me demander comment on fabrique une série B, d'aborder cet espèce de côté bric-à-brac du point de vue du metteur en scène, des gens sur le plateau et de la post-production. Mais pour finir nous n'avions jamais imaginé réaliser un DVD aussi consistant : on s'est vraiment laissé emballer !