Par David Brami - publié le 19 mars 2008 à 05h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h41 - 0 commentaire(s)
Ancien critique de cinéma et de théâtre, Nic Balthazar s’est mis à réaliser de nombreux documentaires avant de finalement passer à la réalisation de Ben X, un premier long métrage poignant tiré d’un drame aussi troublant que révélateur d’une société qui a perdu certains de ses repères fondamentaux. Ouvert, jovial et disponible, le réalisateur a gentiment répondu à nos questions dans un chaleureux hôtel de la capitale. Rencontre.


Vous avez été critique de cinéma et de théâtre pendant 8 ans, est-ce que vous avez ressenti un besoin d’aller vers la création artistique ?
En ce qui me concerne, oui, j’étais un peu le cliché du critique qui aurait préféré le faire eux même et qui à un moment se retrouve de l’autre côté de la barrière. Mais je crois que cette opposition se crée face à ceux qui sont créateurs et ceux qui sont critiques, ou du moins c’est comme cela que je l’ai ressenti… Godard disait que le critique de cinéma était un peu comme un soldat qui tirait sur son propre régiment. Et ca me faisait tellement de la peine d’entendre cela, d’autant que Godard avait fait la même chose. Pas que je voudrais me comparer au grand maître bien sûr ! (Rires) Mais c’est vrai que par exemple, je n’aimais pas le mot « critique » parce que cela donne déjà l’impression que l’on va être là à chercher la faute, comme un test achat. Je m’appelais à l’époque plutôt un fana de films qui était d’ailleurs le nom de l’émission que l’on a tenue pendant près de dix ans. On essayait de transmettre notre enthousiasme sans pour autant parler trop des films qu’on aimait moins.


L’histoire de Ben X s’inspire d’un fait divers, qu’est ce qui vous a marqué ou touché plus particulièrement dans celui-ci ?
Le mot fait divers en lui-même démontre déjà à quel niveau les tragédies de tous les jours ne sont plus vraiment importantes... S’il n’y a pas de morts, si un jeune qui est harcelé ne se suicide pas ou ne tue pas des gens, ce ne sera pas dans le JT. Sauf donc, s’il fait un geste plutôt théâtral comme celui qui s’était jeté d’un château médiéval. Tout à coup c’est dans le journal et ça s’appelle un fait divers. Et ce qui m’avait effectivement beaucoup marqué, c’était le fait que ce jeune homme était justement autiste, et que malgré cela on l’avait harcelé à mort. C’est une injustice tellement affreuse, parce que c’est vraiment harceler un handicapé, finalement. Et donc à partir de là je me suis intéressé un peu plus à l’autisme que moi non plus je ne connaissais pas si bien. Comme tout le monde, on croit connaître l’autisme à travers le cinéma, à travers Rain Man, mais on ne se rend pas compte qu’il y a un spectre autistique qui est trois ou quatre fois plus vaste que l’autisme pur et dur, où il y a plein de gens qui sont dans leur cerveau, configuré de manière totalement différente, sans que cela ne se voie, et qui sont sans défenses contre un monde où, justement, tous les codes sociaux sont tellement importants, surtout dans le monde des ados… et c’est justement ce qui leur échappe. Même un sourire, ils ont du mal à comprendre, ou c’et même impossible à déchiffrer pour eux. Donc ça m’a tellement fasciné que voilà, c’était peut-être une histoire qui m’avait trouvé moi, et maintenant, c’est comme si j’avais essayé de mettre tous les thèmes possibles dans un film : ça parle de suicide, de désespoir chez les jeunes, autistes ou pas, qui sont isolés, qui ne comprennent pas le monde… Ca parle aussi de familles divorcées, d’abus de pouvoir et harcèlement, mais je me suis rendu compte que c’est le monde dans lequel vit tous ces adolescents. Un jeune sur dix a déjà fait une tentative de suicide. Je lisais encore récemment qu’il y a cinquante mille suicides de jeunes par an en France. C’est un stade de foot. C’est un génocide. C’est tellement effrayant. Mais c’est devenu tellement banal qu’on n’en parle même plus dans le JT.


Vos réactions


logAudience