Son nom et son visage sont difficilement identifiables pour le grand public, d'autant plus qu'il semble prendre un malin plaisir à jouer au caméléon dès que l'objectif d'une caméra s'arrête sur lui. Pourtant vous l'avez tous vu et vous l'avez sans doute admiré : avec un stylo planté dans la main dans
La mémoire dans la peau, ses griffes acérées dans
Le pacte des loups, son rôle de skinhead dans
Les rivières pourpres et ayant récemment prêté ses traits aux père d'
Arsène Lupin dans le film du même nom, Nicky Naude s'impose comme la valeur sûre en matière d'arts martiaux dans les productions françaises de ces dernières années. Aucune promo à assurer, aucun compte à rendre, c'est simplement en toute amitié et autour d'un verre que ce comédien on ne peut plus physique a accepté de se confier et nous révéler tout ce qui se cache derrière le cinéma d'action à la française.
Vous vous battez admirablement bien et il paraîtrait également que vous vous amusez à vous grimer dans chaque nouveau rôle. Vous êtes plutôt un comédien qui s'est orienté vers les sports de combat ou un cascadeur qui s'est mis à la comédie ? A la base j'ai une formation de comédien, c'est mon premier métier et j'ai fait beaucoup de théâtre. Mais c'est vrai qu'en parallèle je suis chorégraphe de combats, bien que j'essaie de m'en éloigner de plus en plus car j'y prenais beaucoup moins de plaisir ces derniers temps. Cela dit si un projet m’intéresse je sauterai sur l’occasion car au fond de moi j’aime toujours
autant l’action.
En tant que comédien j'essaie effectivement de changer de visage parce que je trouve assez sympa de se fondre complètement dans le personnage, un coup j'ai les cheveux longs, un coup j'ai une barbe, une autre fois je suis blond. Ca fait partie des petits plaisirs qu'on peut se permettre dans ce genre de métier. Ceci dit, lorsque l'occasion m'en est donnée je continue à interpréter des personnages physiques et c'est ce que l'on me propose le plus d'ailleurs.
Des rôles de méchant la plupart du temps...Oui c'est vrai. Je suis "celui qui se bat contre". Mais j'aime bien le rôle de Lupin parce que c'est un personnage en demi-teinte, on ne sait pas trop s'il est bon ou mauvais et c'est une ambiguïté que j'essaie de retranscrire dans ma carrière et dans mes personnages. Essayer de donner un sens aux méchants, leur donner un but et ne pas juste être un immonde salopard sans raison valable. Mais c'est un risque en effet, parce que dans l'absolu Nicky Naude on sait qui c'est, mais je ne me suis jamais vraiment posé suffisamment longtemps sur un type de personnage bien précis pour qu'on puisse complètement m'identifier. Vu que la majorité de mes rôles au cinéma sont physiques -ce que je fais à la télé est déjà un peu plus psychologique- j'essais de varier mes personnages mais aussi les combats que j'exécute en fonction de l'histoire.
Et ce fameux rôle de chorégraphe dont vous souhaitez vous éloigner, vous en aviez la charge sur une production américaine comme La mémoire dans la peau ? Absolument pas. C'est Nick Powell qui s'est occupé de tout ça. Dans certaines productions françaises comme
Les rivières pourpres 1 c'est moi qui m'en suis chargé, mais là on avait toute une équipe spécialisée. Ceci dit, en simple exécutant j'ai proposé mes idées et on obtient le résultat d'un accord mutuel, mais ce n'est pas moi qui ai décidé quoi que ce soit. C'est la même chose pour
Le pacte des loups je m'en suis entièrement remis à la chorégraphie de Philip Kwok.
Vous n'êtes pas trop déçu parfois de voir un montage qui charcute votre travail ? Là encore je pense au film de Doug Liman. C'est le parti pris du monteur et du réalisateur ça, même si c'est vrai qu'il y a une certaine frustration. D'autant plus que j'essaie d'être le plus rapide et efficace possible pour que les combats en jettent mais certains cadrages sont trop proches du corps pour pleinement en profiter. C'est pareil sur
Le Pacte des Loups on avait vraiment de jolies chorégraphies mais le montage n'arrive pas à en rendre l'essence Je préfère par exemple ce qu'on a fait avec Matthieu Kassovitz : on a enchaîné des plans séquences assez larges pour dévoiler toute la silhouette des acteurs sans accélérer quoi que ce soit. Une méthode d'autant plus risquée puisque si on foirait, le combat aurait été totalement raté de A à Z. On a du longuement bosser là-dessus. Je pense par exemple à
Old Boy où il y a un combat phénoménal sur un plan séquence large d'un réalisme fou. C'est mon parti pris, je préfère les coups qui font vrais, plus que les coups qui font jolis à la caméra, mais ce n'est pas moi qui suis au banc de montage.