Vous n’hésitez pas dans vos différents rôles à subir des transformations physiques pour incarner au mieux les personnages…Il y a souvent une recherche de silhouette qui est je pense importante aux yeux du spectateur, et même pour l’acteur, ça l’aide à se rapprocher du personnage. Et puis c’est amusant, comme l’enfant qui endosse un déguisement. En revanche, j’aime bien que ce soit toujours des petits détails, pas une transformation spectaculaire. Il faut que ce soit léger, juste une paire de lunette qui change, une démarche… Pour
Mon Colonel c’était différent, il fallait perdre beaucoup de poids parce que le personnage est un exemple pour ses hommes, un athlète qui a gagné ses galons au combat. Historiquement il a été interné en camp de concentration, il a fait l’Indochine, c’est un vrai guerrier. A partir du moment où il est un exemple pour ses hommes, il doit être lui-même en pleine forme et pas un gros lard derrière un bureau qui ne fait que gueuler et asséner des vérités. C’est aussi ce qui rendait le personnage humain, on savait que c’était un homme en empathie complète avec ses soldats.
En vous écoutant en parler encore maintenant, il est évident que vous vous impliquez totalement dans chaque personnage…C’est une question de respect pour le spectateur et pour les personnages que je suis censé incarner. A partir du moment où on joue des personnages qui pourraient être monsieur tout le monde dans la vie, on essaie de toucher les gens avec nos vraies émotions sans aucune caricature. Il faut vivre avec les gens, les rencontrer, parler avec eux, connaître leurs causes, savoir pourquoi ils le font. Comme un journaliste s’informe pour traiter d’un sujet, il faut aller sur le terrain, se confronter aux choses. Tout cela est une question de respect par rapport à ce que l’on a à faire et à dire au spectateur.
A force de vous impliquer autant, avez-vous parfois du mal à sortir d’un rôle une fois le film terminé ? Non, pas du tout, car c’est une question de plaisir, et ce n’est pas parce qu’on s’implique qu’on ne peut pas garder une certaine distance. En revanche je peux avoir du mal à quitter des gens avec qui j’ai vécu une expérience pendant trois mois, avec qui on s’est plu, on a rigolé. Ce déchirement là est plus difficile que de quitter un personnage. De toute façon, comme je tourne pas mal de films, souvent le soir d’un tournage je pense déjà au personnage suivant.
Propos recueillis par Laurent Tity