Jeune réalisateur québécois, Philippe Falardeau réussit avec son deuxième long-métrage une oeuvre empreinte de ses origines culturelles (un humour typiquement "francofou") et professionnelles (amour du documentaire). Le cinéaste revient ainsi sur l'aventure
Congorama avec sincérité et passion. A la fin de cet entretien une évidence,Philippe Falardeau a encore beaucoup d'histoires à raconter...
Quel est votre parcours, Philippe Falardeau ?J’ai été étudiant en sciences politiques, puis en relations internationales et j’ai ensuite participé à un concours qui m’a permis de faire le tour du monde avec une caméra. Je devais réaliser une vingtaine de courts-métrages en six mois. C’est une émission qui existait en France de 1979 à 1985 qui s’appelait « La Course autour du monde » et qui faisait participer deux concurrents par pays. France, Canada, Belgique et Suisse. L’émission a disparu avant de réapparaître chez nous au Canada de 1988 à 1999. Moi j’y ai participé en 1992. J’ai basculé dans l’audiovisuel à ce moment là. A mon retour j’ai fait des documentaires, je suis même venu travailler à Paris deux fois six mois pour réaliser des gags pour l’émission « Surprises sur prises ». Puis je suis tombé un peu par hasard dans la fiction avec mon premier long-métrage en 2000,
La moitié gauche du frigo, qui est sorti en France en 2001. Seulement deux salles à Paris je crois. C’était un faux documentaire qui racontait l’histoire d’un chômeur ingénieur. Il y a eu également d’autres productions pour la télévision canadienne et à présent
Congorama, mon deuxième long-métrage.
Plusieurs scènes dans le film marquent cette provenance du documentaire…C’est dans la manière de tourner. La caméra est un peu à la remorque du personnage. Quand on fait du documentaire, on ne sait pas où le personnage va aller, on est toujours derrière lui à essayer de le suivre. C’est ce que j’ai emprunté comme forme parce que je la connais bien. Je trouvais également cette forme intéressante car c’est un film où on bascule de point de vue. Je voulais me mettre dans le point de vue de chacun des deux personnages. Dans la troisième partie, c’est moins documentaire, je reste caméra à l’épaule mais avec des calages beaucoup plus classiques car là je ne montre pas le point de vue des personnages. Le style documentaire du film est donc par déformation mais aussi parce que je pensais qu’il s’agissait de la meilleure façon de raconter cette histoire là.
Le film se divisait déjà en trois parties distinctes au moment de l’écriture ?Oui, et même dès le synopsis. Ce n’était pas aussi rôdé mais je savais que je n’allais pas raconter l’histoire de manière parallèle mais plutôt basculer d’un point de vue à l’autre. Ca me permettait également de revisiter les évènements d’un autre angle et de mettre le spectateur dans une position privilégiée car il a une information que le personnage n’a pas. Et l’écart qui existe ainsi entre le spectateur et le personnage crée une tension dramatique qui amène jusqu’à la fin du film.