Sarah Polley est capable de tout. De lutter contre des zombies éveillés aux babines sanguinolentes (
L’armée des morts, de Zack Snyder où elle balance à deux reprises le même
«don’t put this gun right on my face!»). De jouer à des jeux virtuels dangereux (
eXistenZ, de David Cronenberg). Ou encore de se fondre dans une atmosphère cotonneuse de tragédie collective (
De beaux lendemains, d’Atom Egoyan). A chaque fois, l’actrice affirme son goût de l’éclectisme et de la polyvalence. Avec
Loin d’elle, elle confirme en passant derrière la caméra pour réaliser un film qui lui est très proche (elle sourit quand on lui parle de Bergman qui l’a beaucoup inspirée). Rencontre avec une beauté diaphane aux talents multiples.
Sarah Polley est une exception. Mais une exception du genre discrète. Vous ne la verrez jamais en une des tabloïds et elle s’en réjouit. Elle n’a même pas trente ans (née en 1979) qu’on a l’impression qu’elle a vécu une foultitude de vies parallèles:
"Je ne sais pas d’où vient cette gravité permanente que l’on soupçonne chez moi. J’en suis la première surprise. De même que je ne comprends pas moi-même d’où vient cette envie de traiter de sujets douloureux avec un recul très adulte. Peut-être parce que j’ai fréquenté le monde du cinéma très jeune et que j’ai dû me confronter à des situations délicates lorsque j’étais adolescente." Dans la vie de tous les jours, Sarah déteste la sensiblerie, le pathos poids lourd, le chantage à l’émotion. Bref, tout ce que son premier long n’est pas. Avec
Loin d’elle, film casse-gueule par excellence, elle récuse les poncifs du mélodrame pour raconter quelque chose de plus profond: la mémoire et les souvenirs qui travaillent au cœur et la folie irréversible qui guette tout le monde. D’ailleurs, si ça peut rassurer, l’histoire de
Loin d’elle est moins axée sur la maladie Alzheimer que la détresse d’un homme qui voit son épouse devenir folle.
Souriant, la voix douce, elle avoue:
"Avec un sujet pareil, il était très facile de tomber dans le sentimentalisme et le pathos. Ce que je voulais à tout prix éviter. Au cinéma, en tant que spectatrice, je déteste par exemple lorsque je vois un film qui essaye de me manipuler avec la grande cavalcade du chantage à l’émotion. D’ailleurs, avec Loin d’elle, je n’ai pas cherché à émouvoir. Je voulais que le film reste volontairement froid, sans ajouts de violons mélodramatiques. Effectivement, dans l’histoire, j’ai été très sensible au regard de cet homme qui comprend malgré lui le sens du mot «dévotion»."