Est-ce que Steak doit être vu comme un film d’anticipation ? Ça, c’est à vous de le dire, les mecs. J’ai écrit le script sans trop réfléchir aux conséquences. Je sais pertinemment que je me fous de la gueule de l’époque et de la télévision. Je trouve qu’on vit dans un monde d’aliénés. Ce n’est pas vraiment dans l’anticipation dans le sens où on y est déjà. Quand on voit des gamines de 12 ans qui veulent se faire refaire les seins alors qu’ils n’ont pas encore poussé, il y a de quoi s’inquiéter, non ? Quand on sait que les médecins acceptent de mettre des prothèses. Ce que je pointe, c’est toute cette génération «Star Academy» où les gens semblent programmés pour être débiles et mettre du gel et deviennent des stars consommables un quart d’heure. J’ai juste eu envie de critiquer ce monde pourri sans se prendre au sérieux. D’autant que ces dérives avec le recul me font plutôt marrer. La célébrité soudaine de Mister Oizo alors que j’avais 24 ans était assez étrange. J’avais l’impression d’être au début et de faire juste quelques tentatives avec des synthés. Je ne pouvais pas croire une seule seconde que j’avais le talent d’un génie. C’est même atroce, ce genre de situation, parce que t’es coupé dans ton élan. C’est comme si on avait encensé plus que raison un court métrage que j’avais réalisé à l’âge de 18 ans. J’aurais été complètement déstabilisé. Pour donner un exemple, Laurent Garnier a vu mes premiers courts métrages, il les a aimés, il m’a demandé de réaliser un clip, c’était une catastrophe.

Est-ce que vous diriez finalement que vous avez été la victime d’un phénomène de mode ? Non. Malgré moi, j’ai fabriqué le truc le plus con du monde. Si tu regardes encore aujourd’hui les pubs Levis, on se rend compte que ce n’est pas encore démodé. Je ne parle pas de mon travail car à l’époque, tout était complètement naïf de ma part. Je n’ai pas fabriqué en revanche un concept en me disant que les mecs allaient marcher. J’avais juste la musique, la marionnette et comment je travaillais la mise en scène pour les pubs. Il n’y avait rien derrière. Donc, encore une fois, je suis tombé dedans sans le vouloir. L’image nickel d’un Los Angeles jaune avec une musique dégueulasse est devenue la surcoolitude extrême. Par la suite, je n’ai pas pu rebondir sur les demandes, genre faire un album avec la marionnette.
C’est pour cette raison qu’on ne voit pas la marionnette dans Steak ? Je voulais la mettre à l’origine. Comme un clin d’œil. Il y a une photo qui est parue dans un magazine anglais que j’adore où on voit le Flat Eric se faire bouffer par un Rottweiller. J’aurais bien aimé en foutre un par terre, mastiqué par un chien.
L’univers trash vous titille ? Non, je suis un petit mec propre sur moi. Récemment, j’ai fait une interview où on m’a demandé quels étaient mes groupes punks préférés. Je ne connais absolument pas.
Oui mais dans la démarche, Steak est un film punk. Involontairement ou non. Beaucoup voient en
Steak un film de rebelle. Aujourd’hui, je ne m’en rends plus compte. Mais on me le rappelle tout le temps. Rebelle dans le sens «anticonformiste». Comme si je leur demandais de se démerder avec ce que je leur montre en restant sympa. Il y a même des exploitants de province qui ont appelé le distributeur pour dire que c’était n’importe quoi et que les gens se barraient de la salle. Fascinant, non ?
Propos recueillis par Romain Le Vern et Laurent Lopéré