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Interview : Rob Marshall (memoires D'une Geisha) [page 1]

Par Elodie Leroy - publié le 28 février 2006 à 10h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h49 - 0 commentaire(s)
Réalisateur de la comédie musicale Chicago, qui avait obtenu six oscars dont celui du meilleur film en 2003, Rob Marshall revient avec Mémoires d'une Geisha, adapté du best-seller de Arthur Golden. De passage à Paris en février dernier, le metteur en scène a accepté de répondre à nos questions. Détendu et accueillant, il nous dévoile ses intentions de réalisateur, nous fait part de ses observations sur le milieu des geishas et revient sur le choix des actrices principales du film.


Excessif : Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet Mémoires d’une Geisha ?
Rob Marshall
: C'est vraiment une combinaison de deux choses. Tout d'abord, il y a l'histoire qui touche vraiment au cœur. Je trouvais émouvante l'histoire de cette enfant enlevée à sa famille et qui se retrouve vendue comme esclave dans une maison de geishas, de cette jeune fille qui doit s'adapter à des conditions de vie très difficiles dans un monde qui ne lui autorise aucun choix pour beaucoup de choses, à commencer par l'amour. Au bout du compte, elle survit à tout cela, et c'est un véritable triomphe de l'esprit humain. J'ai trouvé cela très poignant et très universel. La deuxième chose, c'est le décor de Mémoires d'une Geisha, qui est aussi magnifique qu'inhabituel. Je trouvais fascinante la culture si spécifique des geishas. C'est un monde sensuel, mystérieux, caché. J'étais très enthousiaste à l'idée de le mettre en images et je pensais que cet univers serait très cinégénique. Bien sûr, pour le créer, j'ai eu besoin de l'aide d'un million de personnes ! (rires)


Qu'aviez-vous le plus à cœur de montrer du milieu des geishas ?
Je pense qu'il y a une idée fausse qui circule, et à laquelle moi-même je croyais avant de m'atteler à ce projet : l'idée selon laquelle une geisha est une prostituée. C'est ce que beaucoup de gens pensent alors que le mot "geisha" signifie en réalité "artiste". Il me tenait vraiment à cœur de montrer le dévouement, la discipline et le travail incroyables qu'il faut mettre en œuvre pour devenir geisha. Elles s'entraînent durement pendant des années et doivent même dédier leur vie entière à ce métier. Mais il y a un prix énorme à payer, du moins à cette époque puisqu'elles devaient alors renoncer à leurs propres choix, notamment en ce qui concernait l'amour. Et ce qui est intéressant dans l'histoire que raconte ce film, c'est que l'héroïne résiste justement à l'idée de devoir renoncer et qu'elle continue d'avancer vers le seul homme qui lui a un jour témoigné de la gentillesse dans ce monde cruel. En fait, je voulais montrer à la fois la beauté et la cruauté de ce monde.


Est-ce que vous pensez qu'un tel milieu pourrait exister dans un monde qui ne serait pas fortement dominé par les hommes ?
Cette question est très intéressante car il est vrai que toutes les performances qu'elles effectuent et les œuvres d'art qu'elles deviennent en elles-mêmes sont entièrement dédiées aux hommes. Je pense que le point de départ de tout cela, ce sont les mariages arrangés. Etant donné que les hommes ne se mariaient pas du tout par amour, leur porte restait ouverte pour une femme qu'ils aimeraient sincèrement. Je pense d'ailleurs que c'est pour cette raison que beaucoup d'hommes tombaient amoureux de leur geisha. Cette situation explique pourquoi les geishas ont émergé dans ce monde dominé par les hommes. A cette époque, vous n'emmeniez pas votre épouse dîner, mais votre geisha. C'est d'ailleurs pour cela qu'à la fin du film, l'héroïne se qualifie elle-même et toutes les geishas d'"épouses de la nuit". Et c'est vraiment ce qu'elles étaient, des demi épouses en quelque sorte.


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