Troisième film de Sam Karmann, après
Kennedy et moi et
A la petite semaine,
La vérité ou presque marque l'épanouissement d'un artiste qui s'accomplit ici à la fois en tant que cinéaste mais également en tant qu'acteur. Sam Karmann impose subtilement son regard cynique et traite des travers des relations humaines avec humour et sensibilité. L'homme direct et profond a su nous séduire autant que son récit.

Qu’est-ce qui vous a touché dans le roman de Mc Cauley ? J’ai ressenti la même chose que pour
Kennedy, j’ai eu le sentiment que si j'avais été écrivain, je l'aurais bien écrit ! Comme je ne suis pas écrivain et que j'essaie de faire des films, si je « vois le film » et que ça m'inspire tout de suite, je fonce ! Il faut que ce dont on parle me touche de façon intime avant d'envisager un film. On me pose parfois la question : « feriez-vous des films de genre ? » Je ne crois pas car il est très difficile de réaliser un long-métrage, ça prend deux, trois ans d'une vie, pour moi ça ne peut pas être qu'un prétexte à divertissement, c'est trop de travail. Donc il faut que ça corresponde à ce que je suis dans la vie, moi, intimement, de façon profonde. Comme pour
Kennedy et Moi où j'avais des relations très fortes avec ce personnage et la problématique du bouquin, donc j'en ai fait un film. Et là, pareil. Quand j'ai lu Mc Cauley je me suis senti très proche de son point de vue, de sa façon de parler de ces mensonges qu'on a tous, de comment on vit avec notre « vérité ou presque ».
Pour quelles raisons préférez-vous vous pencher plus sur une adaptation que sur un scénario original à l'écriture ?Parce que je suis certainement un incapable !(
rires) Le livre me donne des fondations formidables. C'est un bouquin gros comme ça, donc pendant six mois, je commence à le « piller », à prendre tout ce que j'aime... et après, j'en fais une version « littéraire », sous forme de scénario. Ce n'est pas encore un film, parce que je suis très, trop fidèle, et parcellaire en plus. Après c'est tout le travail de la véritable adaptation, que j'ai fait avec Jérôme Beaujour, parce que je n'aime pas la solitude, j'ai besoin d'avoir quelqu'un avec qui écrire et parler, vivre au quotidien, parce que c'est plusieurs mois de travail, je préfère avoir rendez-vous tous les jours avec quelqu'un qu'avec moi-même... Et voilà, on se met au travail, on le façonne pour que j'oublie le livre, mais en sachant quand même que je ne peux pas faire autrement que d'être fidèle à l'esprit, même si je ne suis pas fidèle à la lettre. Et en plus c'est ce que raconte le film : être fidèle à l'esprit mais pas à la lettre.

Le personnage principal se révèle être plus Vincent dans le roman (André Dussolier). J’ai préféré construire une pyramide. C'est Anne/ Vincent, puis Thomas le mari d'Anne, Lucas le petit ami de Vincent, Rose-Marie qui est un personnage solitaire et enfin Marc et sa femme Caroline. C'est une pyramide que j'ai réduite à six personnages, il y en avait plus dans le roman. Faire un film choral est déjà difficile, plus on démultiplie les personnages plus c'est difficile, donc nous avons pris la décision avec Jérôme de prendre deux personnages qu'il y avait dans le livre pour n'en faire qu'un. Et donc c'est le personnage de Marc. Dans le livre, celui qui était marié avec une femme qui allait être enceinte était le frère d'Anne et non son ex-mari qui n'était qu'un Don Juan.