Est-ce exact que vous avez proposé un rôle à William H. Macy dans votre projet House of Re-Animator ?C’est exact. Je rêverais qu’il incarne le président des Etats-Unis (
il éclate de rire). Le projet est toujours d’actualité en tout cas.
Le casting du film est hallucinant dans sa confrontation de personnalités qui a priori n’auraient jamais dû se rencontrer. Par exemple, comment est venu le choix de Bai Ling dans un rôle très marquant ?En réalité, l’un des producteurs du film la connaissait très bien et me l’a précisément recommandée pour ce personnage. A vrai dire, je n’ai pas été déçu. Quand je l’ai rencontrée pour la première fois, on avait rendez-vous pour déjeuner. Dès le départ, elle me dit qu’elle sait que je la veux pour incarner une fille du peep-show mais qu’elle préférait jouer le rôle du prisonnier (
il éclate de rire). Je lui ai dit que personne ne voudrait enfermer une jolie fille comme elle. Alors, elle m’a proposé de jouer Edmond (
il rit de nouveau). Cette fille me fait vraiment rire : elle a un sens innée de la séduction et de la provocation. Je me souviens que pour travailler son personnage, nous nous sommes rendus dans un peep-show. Les gens qui travaillaient là-bas pensaient qu’elle venait pour chercher du boulot (
il se remet à rire). C’était hilarant parce qu’elle était considérée comme plus sexy que toutes les filles présentes là-bas et rien que l’idée qu’elle puisse leur piquer leur boulot m’a beaucoup fait rire. D’ailleurs, quand vous voyez le film, vous pouvez vous rendre compte qu’on a beaucoup joué là-dessus. Les autres membres du casting appartiennent en partie à l’univers de David Mamet mais on a en réalité les mêmes amis. Je suis très proche avec Joe Mantegna par exemple. Un acteur comme Jeffrey Combs vient lui de l’époque de
Re-Animator.
Que conservez-vous d’une expérience autre comme Dagon qui a priori est totalement différente d’Edmond, et ensuite de votre participation aux Masters of Horror ?En réalité, je ne les trouve pas si différentes. Dans les deux cas, les personnages principaux sont aminés par des pulsions étranges et bestiales. Je vous parlais du réalisme de
Edmond mais avec le recul, je pense qu’il y a une dimension Lovecraftienne dans
Edmond qu’on ne peut pas nier. L’idée de Lovecraft finalement est de dire que nous sommes manipulés par des forces qui nous dépassent et sur lesquelles nous n’exerçons aucun contrôle.
Vous restez hanté par Lovecraft ?Son univers possède une telle densité que je n’ai rien trouvé qui le surpasse. Encore aujourd’hui, je me sentirais capable de réaliser un film qui soit ouvertement inspiré de cet univers. En ce qui concerne les Masters of Horror, j’étais très honoré d’appartenir à cette bande de réalisateurs qui moi-même m’ont impressionné avec leurs fictions. On avait tous pour ambition de réaliser l’histoire la plus dérangeante. Je pense que nous avons quelque part réussi. Certains des sketchs étaient tellement extrêmes qu’ils n’ont même pas été diffusés à la télévision.
Vous n’avez pas été soumis à une forme de contrainte de la part des producteurs ?Non, ils nous ont plutôt laissés la possibilité de faire ce que l’on voulait et en tant que réalisateur de films d’horreur, c’est une aubaine aujourd’hui. On pouvait se permettre des excès qu’on n’aurait jamais pu avoir au cinéma. Ce qui peut paraître très paradoxal.
Propos recueillis par Romain Le Vern