Comme ses deux personnages-phares, Sylvester Stallone est toujours de retour. Mais contrairement au boxeur et au viet-vet’qui ont fait sa gloire, l’acteur-réalisateur est content de remettre les gants. Au point de donner plus d’épaisseur et de matière à un
John Rambo, sommet de violence graphique derrière lequel on n’avait rien vu d’autre – et c’est déjà loin d’être négligeable- qu’un énorme plaisir coupable. Sous les assauts bourrins du G.I arracheur de larynx à mains nues se cacherait la philosophie d’un Stallone humble et sans langue de bois ?
Pourquoi faire un quatrième Rambo aujourd’hui ?Après
Rambo III, j’ai tourné pas mal de mauvais films. Du coup, plus ça allait, moins on me proposait des choses intéressantes. D’un autre côté, les gens ne se souvenaient de Rambo que par son côté politique, alors que ce qui m’intéresse chez lui, c’est la part humaine de son histoire. Et c’est sous cet angle que j’ai voulu le ramener, pas pour en faire un film hollywoodien mais un film sur la nature profonde d’un guerrier.
Vous insistez beaucoup dans John Rambo sur le fait qu’il faut boucler la boucle, que Rambo ne peut s’assumer qu’en tant que ce qu’il est : une machine à tuer. A chaque fois que vous avez voulu sortir de Rambo ou Rocky, le public ne vous a jamais suivi. Pensez-vous être condamné à faire toujours les mêmes films pour connaître le succès ?Probablement oui. Même si j’ai longtemps cru pouvoir avoir une carrière la plus diversifiée possible, plus j’y pense, plus je me dis que
Rocky m’a amené le succès et la célébrité trop tôt. J’ai eu beau essayer d’aller vers d’autres rôles, mais rien à faire : le public ne voulait que
Rocky. La même chose s’est reproduite dix ans plus tard avec
Rambo… A la longue, j’ai appris que je ne pouvais pas être Daniel Day-Lewis, être un acteur aux emplois variés. Je m’y suis fait et n’ai plus d’illusions : je suis fait pour ce type de rôles, je l’assume et j’essaie de les jouer le plus honnêtement possible. Au-delà de ça, un nouveau
Rambo me permettait de proposer à une nouvelle génération de spectateurs, quelque chose qu’ils n’avaient pas vu depuis longtemps.
Rocky, Rambo mais aussi John McClane ou bientôt Indiana Jones sont de retour. Tous sont des héros issus des années 80. Est-ce que ça veut dire que le cinéma américain ne sait plus créer de héros de son temps ?C’est juste une question d’argent : aujourd’hui créer une licence est très risqué financièrement. Il y’a d’excellents scénaristes et acteurs qui pourraient inventer un nouveau personnage emblématique, mais aucun producteur ne veut s’y risquer. Aujourd’hui, le cinéma est un pari à court terme, l’investissement doit être à retour très rapide. On a besoin de films formulaïques comme Spiderman parce que ses recettes vont permettre de financer quinze
No country for old men ou quinze
There will be blood. Cette sorte de théorie des dominos domine aujourd’hui la production américaine. Mais je suis confiant et crois qu’à un moment ou un autre, des jeunes metteurs en scène satureront de ce système et feront ce qu’ont fait les Scorsese, Coppola ou De Palma dans les années 70 : faire des films qui soient à la fois dans un esprit indépendant et commercial. Il suffit d’attendre, c’est comme un cycle.