Après avoir été l’assistant de Maurice Pialat, Patrick Grandperret s’impose comme réalisateur en 1981 avec
Courts-circuits. Il enchaîne avec
Mona et moi,
L’enfant Lion,
Le maître des éléphants et
Les victimes en 1996. Des films dont il se dégage, au-delà de leur originalité, une réelle générosité. Et c’est aujourd’hui à Sylvie Pialat que nous devons de retrouver ce cinéaste qui n’avait pas tourné depuis plusieurs années. Motivée par la seule envie de travailler à ses côtés, de le voir se poser à nouveau sur un projet, il y a tout juste un an, elle l’appelait. Une rencontre qui aboutira le 28 juin à la sortie de
Meurtrières, un film centré sur la dérive de deux jeunes adolescentes, fragiles, paumées, s’acheminant vers l’irréversible. Un film basé sur une idée de Maurice Pialat qu’ils ont reprise et développée ensemble. Un film qui sera présenté à Cannes dans le cadre d’
Un certain regard. Un film troublant, émouvant, une aventure humaine qui nous a donné envie de rencontrer la productrice, celle qui a lancé ce projet, Sylvie Pialat.
Qu’est-ce qui vous a amené à créer votre société de production, Les films du Worso ?Lorsque Maurice est mort, je ne savais plus vraiment si j’avais envie de continuer à évoluer au cœur de ce milieu, à centrer ma vie sur le cinéma et puis, finalement, ce fut une évidence de continuer. Mais je ne cherche de cette façon à marcher dans les pas de Maurice, surtout pas, même si l’histoire de
Meurtrières finalement pourrait amener de l’extérieur à penser le contraire. C’est plus une expérience personnelle, la nécessité de m’épanouir au travers de la production, de poursuivre un métier qui me plait. J’ai commencé par produire un documentaire de Marie-Laure Decker, ce qui m’a obligée, dans l’urgence, a allé chercher des financements. J’ai été contactée ensuite par Julie Gavras directement qui m’a proposé de produire son long-métrage,
La faute à Fidel, qui sortira prochainement. De mon côté je suis allée chercher Patrick Grandperret.
Qu’est-ce qui vous a poussé à le contacter, son lien avec Maurice Pialat ?Non, c’est une vraie démarche artistique de ma part. Je le connaissais très peu puisque pendant les 20 ans où j’ai vécu avec Maurice il n’était plus dans son sillage, mais j’ai adoré chacun de ses films. Je trouve qu’il a une façon de filmer étonnante, assez rare, qui m’emporte. Il n’est pas là pour épater, il en ressort une vraie sensibilité, ce qui n’est pas si courant.
Pourquoi vous être ensuite posés ensemble sur cette ébauche de scénario écrite par Maurice Pialat ?C’est vrai que contrairement à ce que je disais précédemment, on est forcément amené à se poser certaines questions, à le prendre comme une évidence, la femme de Pialat, l’assistant de Pialat, un sujet émanant de Pialat, pourtant, cela ne l’est pas. C’est vraiment le hasard qui a fait que nous nous sommes tournés vers ce projet. En fait, je n’avais pas de scénario à l’origine à lui proposer, je souhaitais le faire tourner le plus rapidement possible et j’ai tout simplement senti que nous pourrions très vite monter ce film à partir de ces 18 pages qui étaient restées à l’état brut, 18 pages autour d’un fait divers, tragique, qui a eu lieu en 1974. Nous voulions nous arrêter sur cette montée en puissance de la violence à partir de la multiplication de petites portes qui se ferment progressivement, tout doucement.