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Interview : Ten Shimoyama (shinobi) [page 1]

Par Caroline & Elodie Leroy - publié le 18 janvier 2008 à 13h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h37 - 0 commentaire(s)
Avec Shinobi, le réalisateur Ten Shimoyama porte pour la première fois sur le grand écran Kouga Ninpôchô (The Kôga Ninja Scrolls en anglais), roman célèbre au Japon écrit entre 1958 et 1959 par Futaro Yamada. On était loin d'imaginer que le réalisateur du petit film d'horreur St John's Wort pourrait délivrer une œuvre aussi flamboyante, dont l'intensité romantique n'a d'égale que l'originalité de ses ninjas.
De passage à Deauville à l'occasion de la 9e édition du Festival du Film Asiatique, et visiblement très enthousiaste de venir présenter son film en France (dans le cadre de la compétition Action Asia du festival), Ten Shimoyama nous a accordé un peu de son temps pour répondre à nos questions.

Excessif.com : Comment avez-vous été amené à adapter le roman de Futaro Yamada ? Etait-ce un projet que vous nourrissiez depuis longtemps ?
Ten Shimoyama : Depuis que je m'intéresse au cinéma, j'admire beaucoup les films de Akira Kurosawa et tout particulièrement ses films historiques. Evidemment, j'ai toujours vaguement eu le rêve de réaliser un film de ce genre et de suivre les traces de mes prédécesseurs. Mais je n'étais absolument pas sûr d'en avoir la capacité. En effet, la génération de cinéastes à laquelle j'appartiens, c'est-à-dire la jeune génération, n'a pas du tout l'habitude de réaliser des films d'époque. En ce qui concerne ce roman, cela faisait quarante ans que plusieurs maisons de production cherchaient à l'adapter au cinéma. Mais aucune n'avait réussi à mener ce projet à bien. Jusqu'à ce qu'une de maison de production très ancienne me propose de faire ce film, mais avec des moyens modernes. Bien sûr, j'ai tout de suite été très enthousiaste. Après, j'ai dû consacrer quatre années à sa préparation.


Comment expliquez vous que personne n'ait jusqu'à présent réussi à adapter ce roman qui est pourtant très connu des Japonais ?
La raison pour laquelle cette histoire a mis tellement de temps à être portée à l'écran tient en grande partie aux personnages. Ils sont tellement particuliers qu'il est impossible de leur donner vie en utilisant uniquement des prises de vue réelles. Avant l'arrivée des technologies numériques, il n'était tout simplement pas concevable d'en faire une adaptation, notamment de réaliser les scènes de combat. En même temps, je voulais absolument garder le bon côté des anciens films historiques, en restant fidèle à la tradition et à l'esprit du genre. Il fallait donc pouvoir intégrer l'action dans les paysages grandioses de l'époque. L'autre raison tient au fait que jusqu'à très récemment, on pouvait certes réaliser des films d'époque mais à condition que les personnages principaux soient des gouverneurs ou des hommes de pouvoir. Il était difficile de parler des personnes en situation de minorité, comme c'est le cas des ninjas de mon film. Aujourd'hui encore, il reste difficile de parler des minorités.


Vous avez fait appel aux particuliers pour trouver des fonds. Comment s'est déroulé le financement du film ?
Au Japon, Shinobi est le premier film qui a été fait au moyen d'un système de fonds en provenance d'investisseurs privés. Depuis une dizaine d'années, les sociétés de cinéma ne fournissent plus d'argent, elles trouvent des sponsors et des investisseurs. Du coup, les financements ne proviennent pas de l'industrie du cinéma mais d'autres media. Ces media interviennent tellement sur le contenu qu'on ne peut pas se permettre grand-chose d'audacieux. Il y avait trois dimensions dont il fallait tenir compte dans Shinobi : le fait qu'il s'agisse d'un film historique, d'un film d'action et d'un film avec des effets spéciaux numériques. Tout cela coûte cher. Une banque a donc mis en place un système de fonds d'origine privée. Les investisseurs étaient donc des personnes qui s'intéressaient au film.


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