Thomas Vinterberg (Festen) est à l'origine du Dogme95 avec son compatriote Lars Von Trier (Dancer in the dark, Antichrist). Submarino raconte les retrouvailles impossibles entre 2 frères au passé douloureux, après des années de séparation. Adapté du roman éponyme de Jonas T. Bengston, Submarino va-t-il marquer les esprits autant que Festen ? C'est en tous cas l'occasion de célébrer le retour de Thomas Vinterberg à un niveau d'excellence et d'exigence, une intensité cinématographique (sans concession) et une pureté formelle que l'on n'attendait plus... Rencontre avec le réalisateur danois.
Quelles difficultés avez-vous rencontré dans le passage à l'écran du livre de Jonas T.Bengtsson ?
J'étais très intrigué par l'idée d'adapter ce roman très crû. Dans le livre, le personnage principal (Nick) n'était pas un personnage dramatique. Il ne fait rien reste assis dans une pièce pendant des semaines. J'ai donc du imaginer des actions et cela a été un véritable challenge de faire un film à partir de ce personnage. C'est en tout cas la première fois que cela m'arrivait. Le film commence donc avec ce qui lui arrive dans l'enfance.
Dans quoi avez-vous puisé pour faire un film aussi sombre, mais avec autant d'émotions ?
Je suis un nordique. Au Danemark il fait froid. Mais Submarino correspondait avec mon état d'esprit du moment. La pureté du livre (tout en étant très cru) m'a beaucoup attiré: Il s'agit d'une histoire d'amour entre deux frères. Pour créer le personnage du frère de Nick et développer sa relation avec son fils Martin, je me suis aussi référé à ma propre expérience de père. J'aime me soucier de mes enfants.
Etait-il nécessaire que le passé des deux frères soit si lourd pour en faire des personnages si forts ?
Je pense qu'il était important d'avoir un script aussi dur car on doit comprendre pourquoi le père de Martin agit ainsi, pourquoi Nick est tellement en colère et les deux frères si éloignés. Un drame avec de tels personnages et autant d'émotions fortes est stimulant et permet d'être créatif. C'est un vrai défi.
Pourquoi avoir conservé le titre du livre (Submarino) qui fait référence à une technique d'interrogatoire par la torture (en simulant la noyade) et qui est absente du film ?
J'ai conservé le sens symbolique du mot (ce dont je ne suis pas par ailleurs très friand). Les deux frères ont la tête sous l'eau et tentent de regagner la surface. L'un des deux échoue et l'autre perd une main. C'est une métaphore universelle qui parle à chaque spectateur.
Pourquoi le père de Martin n'a-t-il ni prénom ni surnom...
J'ai voulu montrer qu'il existait par dépendance aux autres. Ce qui s'applique aussi bien à nous tous...
Y a-t-il un héritage du Dogme dans Submarino ?
Submarino m'a donné l'impression de me renouveler, ce dont j'avais besoin et qui m'a enthousiasmé ; j'ai eu la sensation de réaliser un film de fin d'études (avec plusieurs acteurs non professionnels) mûr, sombre mais plein d'amour. Je ne suis pas toujours autant fasciné par le côté sombre. Mais c'est une facette de la vie que j'ai souhaité explorer dans Submarino. C'est un film très pur, dépouillé. Mes films s'intéressent à ceux qui ont tout perdu et qui peuvent ainsi trouver la pureté.
Pourquoi avez-vous choisi de mettre en scène une pièce de théâtre (The Funeral) ?
J'ai pris cette décision car j'ai besoin et envie d'explorer de nouvelles sphères créatives et d'aller vers une autre manière de raconter des histoires. Mais je reviendrai au cinéma ensuite...

