En vous impliquant autant dans vos films, comment réagissez-vous lorsqu’il est mal reçu comme l’a été Blueberry par exemple ? Vous sentez-vous agressée ?Non ça ne m’affecte pas personnellement, je suis déçue pour le metteur en scène parce que j’ai de l’empathie, mais pas pour moi. En même temps j’ai été plutôt épargnée jusqu’à maintenant, ce qui va peut-être changer. De toute façon je crois que plus on a de succès et plus on s’en prend plein la gueule. C’est aussi de l’amour quelque part, on cherche à atteindre l’autre. C’est mieux que l’indifférence. Le cinéma c’est justement fait pour provoquer des réactions extrêmes, qu’elles soient positives ou négatives.
Quel film a provoqué ce genre de réaction chez vous ?Il y a en a pas mal.
La vie des autres m’a vraiment bouleversée.
Le nouveau monde aussi, qui est un film que pourtant plein de gens n’ont pas aimé. Il y a un rythme différent, contemplatif, et ça fait du bien de voir ça parfois au cinéma, de ne pas toujours attendre qu’il se passe quelque chose. Mais paradoxalement,
L’éternité et un jour, ça je n’ai pas pu du tout. C’est un film qui m’a révoltée, je me disais stop, arrêtons ! C’est d’ailleurs un des rares films où j’ai failli quitter la salle avant la fin.
Est-ce que Marie baie des anges, qui vous a vraiment révélée, et qui s’est bien exporté, vous a permis d’avoir des projets à l’étranger ?Tout d’abord c’est vrai que
Marie baie des anges a été bien mieux compris et reçu à l’étranger qu’en France, peut-être parce qu’ils se ont moins attardés sur le scénario et plus sur la beauté des images. Mais ça ne m’a pas apporté vraiment de projets à l’étranger. Ca viendra peut-être. J’ai eu des propositions aux Etats-Unis par des agents mais rien de concret. Sinon j’aimerais beaucoup travaillé avec Park Chan-Wook. J’adorerais tourner en Asie, mais c’est comme de dire j’aimerais tourner à Bollywood, ce sont des microcosmes. Je regrette qu’on ait une image du cinéma indien qu’à travers Bollywood alors que je suis persuadée qu’il existe en Inde des films indépendants extraordinaires. Tout cela pour dire que ce sont des micro-sociétés assez fermées, comme les films franco-français. Le cinéma asiatique me semble plus international.
Quelle est votre ambition aujourd’hui ?Je n’aime pas trop ce mot. Je préfère parler de cheminement. Et en tant qu’actrice j’aimerais avoir le cheminement le plus varié possible et en même temps le plus pointu aussi. Je ne vais évidemment pas vous dire que je veux travailler avec les plus mauvais dans leur domaine, j’ai envie de travailler avec les meilleurs. Je trouve que la carrière de Juliette Binoche est assez exemplaire. Avoir le plus de liberté possible pour concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire.
Propos recueillis par Romain Le Vern et Laurent Tity à Deauville