Vous vous sentez plus proche du Calvaire, de Fabrice du Welz, qui lui aussi rend ouvertement hommage à Massacre à la tronçonneuse et aux survivals?J’aime beaucoup
Calvaire. C’est un film surréaliste, très abstrait. Comme dans
Frontières, il y a une scène où l’on coupe les cheveux au personnage principal. Pour les spectateurs de Sitges, c’est apparemment la scène la plus insupportable et c'est aussi celle qui était la plus difficile à tourner. On a travaillé dessus avec Karina (Testa) et Maud (Forget). Il y a tellement d’enjeux au niveau de l’émotion. Les filles étaient en stress parce qu’elles ne pouvaient pas se louper. Elles devaient être à fond dans le jeu. De toute façon, le film ne serait rien sans l’investissement des acteurs.
Quels sont les films du genre qui vous ont marqué?Je citerai
Les dents de la mer, de Steven Spielberg.
L’exorciste, de William Friedkin.
Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper.
Conan le barbare, de John Millius. Et
Mad Max, de George Miller. Ces cinq films-là m’ont profondément marqué au début. Après, il y a eu
Blade Runner et des films plus adultes. Toute la vague des Scorsese et des Coppola. Par la suite, j’ai été influencé par l’arrivée des Sam Raimi et Peter Jackson. Ces mecs-là te donnent réellement envie de faire du cinéma. C’est assez particulier en fait parce que ces films appartiennent à la catégorie des «films de potes». Quand tu les vois, tu as envie de faire pareil: il a pris sa caméra, il a fait son film avec ses potes dans la forêt. J’ai commencé à faire du cinéma en voulant copier
Bad Taste et
Evil Dead. J’ai fait des films de vampire et des slashers avec mes copains. Ça ressemblait à n’importe quoi d’ailleurs.
Vous ne voudriez pas essayer de les mettre en bonus sur le dvd de Frontières? Je pourrais récupérer des petits extraits. Il doit y avoir dix, quinze heures de films. Il y a toute ma classe dans ces films. On a été débauché une école de maquillage en leur disant qu’on faisait un film sans budget. Au départ, ils croyaient que c’était un «vrai film». Donc ils ont amené tout leur matos. On les a installé dans une auberge de jeunesse. Et toute ma classe à débarquer – trente élèves de 18 ans avec des boutons partout – pour se faire maquiller en zombie. On les a tous étalés dans des cuves à gaz, celles de Nice, et ce lieu était le repère des zombies. On a filmé une attaque de zombies. On a fait une demi-heure du film en un jour avec tous les élèves d’une classe qui se bouffent entre eux et se fracassent avec des sabres sur la musique de
Conan le barbare. Pour tuer un des zombies, il fallait mettre le feu. Ma mère a une station-service donc elle m’a prêté des bidons d’essence pour que je foute le feu. Les pompiers sont arrivés à temps pour nous dire que tout allait exploser si on continuait. Un autre jour, on s’est fait arrêter par des flics. On tournait un sous-
True Romance version super violent dans les montagnes de Nice. On a loué des fusils à pompe chez un armurier. Il n’avait pas des balles à blanc donc il nous a passé des balles en carton. Je garde un souvenir émouvant de ce film parce que je me suis pris une cartouche dans la jambe. On a continué à tourner et on a fait une poursuite en bagnole où tout le monde se tirait dessus sur la route. Ce n’était pas loin d’une bretelle d’autoroute et ça n’a pas loupé. A un moment donné, on s’est fait encerclé par des flics avec nos fusils à pompe et les tee-shirts en sang. On a failli finir au poste mais bon, on n’avait pas 18 ans. Il faudrait un dvd avec toutes ces conneries. C’est drôle à faire parce que ça permet d’apprendre son boulot. Pour la musique par exemple, on avait un magnétophone qui passait le thème d’
Halloween de John Carpenter. Je mettais ça à côté de mon caméscope pendant que mes potes tournaient les scènes. Il y a même des plans où on voit le magnétoscope qui rentre dans le champ…
Vous avez appris en autodidacte donc.Oui. Pensant que c’était bien, j’ai continué… Mais ces films sont catastrophiques. C’est Z à mort. Et encore un film Z peut être bien réalisé. Il y a de la technique. Là, c’était presque du snuff. J’ai emmené le film que j’avais fait après au festival de Cannes et ils m’ont dit que c'était de la merde. Je me suis fait jeter et j'étais tout dégoûté. Je rencontre par hasard une personne de la production d’un court-métrage qui s’appelle
Madame Jacques sur la Croisette. Je vois voir le réalisateur Emmanuel Finkiel, décomposé, en racontant que je viens de me faire jeter et que visiblement je n’ai aucun talent. Il m’a pris sous son aile en me disant que je devais apprendre. Au début, il cherchait quelqu’un pour amener les costumes sur le plateau. Il m’a demandé si je savais coudre. Bien évidemment non. Mais comme je voulais le suivre, je lui ai dit que je savais. Quand il a vu au bout d’une heure que je ne savais pas coudre, il m’a demandé de bloquer les routes et les gens pour qu’ainsi je regarde ce qui se passe sur le plateau. Après ça, j’ai eu la chance de travailler en tant que stagiaire à la mise en scène sur
Risque Maximum de Ringo Lam et ensuite sur
Circle of Passion, un film de Charles Finch avec Jane March, Sandrine Bonnaire et Jean Rochefort qui n’est jamais sorti en France. Le résultat était catastrophique. Derrière ça, il y a eu l’occasion de bosser avec Tsui Hark. J’ai toujours été un grand fan de son travail. Donc j’arrivais sur le plateau à six heures du matin, j’étais en extase. Ça reste l’un de mes meilleurs souvenirs.
Est-ce qu’il aurait pu y avoir Frontières s’il n’y avait pas eu Haute Tension ? C’est Europa qui s’en est occupé également. Ce qui est sûr, c’est que s’il n’y avait pas eu l’expérience
Haute tension, Europa ne serait pas venu sur
Frontières. Quoiqu’on en dise et qu’on en pense,
Haute tension a vraiment ouvert une brèche à ce niveau-là et rien que pour ça, merci.
Propos recueillis par Romain Le Vern