Isabelle Carré a tout d'une passionnée, de ces actrices qui irradient à chaque rôle, transmettant une jubilation communicative à simplement exercer leur art. Menant une brillante carrière au théâtre, elle est apparue au cinéma dans des rôles d'abords discrets et prometteurs (elle fut en effet nommée à trois reprises pour le césar du Meilleur espoir féminin). Son heure vient plus tard, affirmant peu à peu sa présence singulière (notamment dans
la Femme défendue, qui est tout entier un hommage à la comédienne). Elle est attachante, attendrissante et légère dans quelques fantaisies où elle promène son beau sourire (dans
Ca ira mieux demain de Jeanne Labrune). Elle peut être profondément émouvante, comme l'amoureuse fragile de
Se souvenir des belles choses de
Zabou Breitman. Elle s'approche également de personnages plus troubles, d'univers plus sombres (dans
Entre ses mains ou
Anna M.). On la voit dans des rôles plus engagés, en jeune femme en quête d'adoption dans
Holy Lola de Bertrand Tavernier.
Elle compte à présent parmi les valeurs sûres du cinéma français.
Née en 1971,
Isabelle Carré ressent très tôt le besoin de s'exprimer artistiquement. La danse a d'abord ses faveurs. S'échappant assez tôt d'un giron familial qui l'oppresse, la jeune fille à quinze ans va vivre son aventure. Elle veut devenir comédienne. Elle s'inscrit au Cours Florent pour se former. Elle intègre après le bac, l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre. Cette faim de jouer se voit bientôt récompensée par des petits rôles au cinéma. Elle incarne la fille de
Daniel Auteuil dans
Romuald et Juliette de
Coline Serreau en 1988, puis celle de
Catherine Deneuve, deux ans plus tard dans La Reine blanche.
En 1992, on la remarque dans
Beau Fixe, portraiturant une étudiante partie au bord de la mer pour réviser ses examens. Elle décroche sa première nomination aux César. Menant également de front sa carrière théâtrale où elle explore le répertoire classique (Musset et Molière), elle est requise pour des films d'époque, en touchante préceptrice dans
Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau, et décroche sa seconde nomination au César du meilleur espoir féminin. Elle continue de se joindre à des projets assez académiques, mais d'envergure, dans
Beaumarchais l'insolent de Edouard Molinaro en 1995 ou dans
les Enfants du siècle en 1999.
C'est en 1997 qu'
Isabelle Carré trouve un rôle étonnant et audacieux, dans
La femme défendue de Philippe Harel. Filmée de près et en caméra subjective, on épouse le point de vue de son amant, on détaille les émotions sur son visage, son jeu étonnant de grâce, de naturel et de justesse. Malgré le dispositif assez curieux (et pour tout dire casse-gueule), on est sous le charme de cette actrice inattendue, à la présence intense et contrastée dans cette variation autour du thème -éternel- de l'adultère et de ses tourments. Elle obtient pour cette prestation en forme de tour de force, le prix baptisé du nom de son idole : Romy Schneider. Au cinéma, elle éclot enfin. Elle aborde la comédie dans
Ca ira mieux demain de Jeanne Labrune. Puis on la découvre encore dans un tout autre univers, incarnant une mère droguée dans
Mercredi, Folle journée ! de Pascal Thomas.