Célèbre cinéaste français ayant largement marqué son époque grâce à un style et une approche du médium toute personnelle, Jacques Tati a consacré dans ses premières œuvres une part non négligeable à la représentation de l’enfance. Né le 9 Octobre 1907 au Pecq près de Saint Germain en Laye, Jacques Tatischeff est le fils d’un cadreur et petit-fils d’un attaché à l’ambassade de Russie, et a très tôt été marqué et attiré par la liberté qu’offrait le monde de l’imaginaire. Ainsi, son enfance a été parsemée d’évènements marquants et d’anecdotes qui nourriront le futur artiste. Entre de troublantes et fortes impressions (un spectacle anglais de Music Hall mettant en scène le nain Little Tich qu’il n’aura de cesse de vanter, ou la vision un jour de vacances d’un père qu’il perçoit soudain comme un étranger) et une audace merveilleuse (lors d’un cours d’anglais, Tati profite de ce qui lui est demandé, ouvrir et fermer une porte, pour aller s’aérer sur le boulevard St Germain et fertiliser l’imagination de ses petits camarades qui lui prêteront alors les aventures les plus folles), Tati, alors décrit comme un grand rêveur nonchalant à l’inverse d’une sœur énergique, va bientôt comprendre que l’entreprise familiale est pour lui une impasse et prendre le chemin du théâtre.

Mais il n’aura cependant de cesse de repenser à ce passé riche d’anecdotes, entre celle, très graphique, d’un enfant de cœur ayant mis le feu à l’autel d’une cérémonie dominicale, l’assistance courrant dans tous les sens, ou une autre, tirée d’un reportage des années vingt qu’il affectionne tout particulièrement, alors qu’une petite fille offre un bouquet de fleurs au président de l’époque : « Il avait son chapeau à la main, et pour prendre les fleurs, il le donnait à son chargé de mission qui, du coup, se retrouvait avec un chapeau dans chaque main. Le cameraman, impitoyable, avait cadré le chargé de mission cherchant dans le couvre chef présidentiel le nom du chapelier ». C’est ce genre de petits détails a priori anodins qui ont fait la force d’un Tati très porté sur l’observation tandis qu’effacé devant son travail, l’auteur tentera de stimuler cet instinct chez son spectateur. Une science de l’observation toute particulière, donc, à la fois tendre et comique, qui à poussé l’homme à s’intéresser à la science du septième art et à apporter sa pierre à un cinéma familial bon enfant et toujours de bon ton.

« Il n’y a que les enfants qui comprennent mes films, il n’y a qu’eux qui savent voir ». On pourrait voir dans cette phrase une des raisons pour lesquelles ces derniers se retrouvent ainsi systématiquement en bonne place dans les premières œuvres de l’artiste. Déjà, dans le court métrage
Soigne ton gauche qu’il scénarise et interprète sous la direction de René Clément, Tati se met en scène dans la peau d’un paysan apprenti boxeur que les enfants du quartier encensent, seule foule espiègle et incontrôlable tandis que l’ahuri se fera vite remettre les pendules à l’heure par un fort symbole matriarcal. Mais il en faudra plus pour calmer la marmaille grouillante tandis qu’après un
Jour de Fête flamboyant (1949) prenant place lors d’une fête foraine toute familiale s’achevant sur un passage de flambeau à la nouvelle génération (un enfant reprend lors de l’ultime séquence, les oripeaux du facteur incarné par Tati), le metteur en scène inventera le personnage de Monsieur Hulot, à la fois avatar personnel et représentation évoluée d’une innocence et d’une naïveté chère à l’auteur.