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Jacques Tati - La Place De L'enfant [page 3]

Par David Brami - publié le 14 mai 2008 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h52 - 0 commentaire(s)
Mon Oncle (1958) place ainsi un enfant d’apparence modèle, sans doute destiné à un avenir de cadre docile d’un monde du travail formaté et étouffant, au sein d’une famille huppée accro au dernier chic d’intérieur, entre une mère proprette et aimante et un père possédant une belle voiture et une situation bien rangée et confortable. Tellement confortable et portée sur les apparences inutiles que ces parents ne réalisent pas les véritables occupations de leur marmaille (qui cultive l’inventivité au lieu de travailler à l’image du jeune Tati). Accusé d’avance par la population des intentions les plus viles (même et surtout quand il n’a rien fait), l’enfant est donc ici naturellement voué au chahut et à la digression et s’organise en bande afin d’organiser des coups pendables dignes de son imagination encore débridée. Bien évidemment, voilà une escapade que Tati et Hulot ne peuvent qu’approuver et ce dernier brandira même son parapluie à leur intention à la seule perception du chahut, passant par hasard dans le quartier. Part de folie, de vie et véritable pavé dans la marre venant perturber le quotidien de la petite famille rangée, Hulot s’imposera comme une véritable bouffée d’air pour le jeune enfant, avide d’espace et de liberté tandis qu’il n’est autorisé par ses adeptes du confort moderne étriqué de parents qu’à jouer à la balle entre deux marches d’escalier.


Satire du monde et des aspirations de la famille moderne, entre culte de l’image renvoyée (la mère passe son temps à allumer la fontaine quand un invité de marque se présente et à l’éteindre quand il s’en va, tandis que le couple se gargarise, pâmés devant leur intérieur où « tout communique ») et satisfaction formatée (le père apporte et jette en pâture à sa progéniture un train forcément intéressant puisque moderne alors que le gamin s’amusera bien plus par la suite avec un simple sifflet), Mon Oncle dépeint ces adultes modernes comme esclaves de leurs convenances, s’autocensurant à longueur de temps afin d’entrer par maints gloussements et autres ronds de jambes, dans un moule prédéfini. Un moule dans lequel ils aimeraient bien faire rentrer leur descendance alors que celle-ci n’aspire qu’à s’en échapper. On assiste alors à un véritable combat d’évolution entre l’homme du passé et de la nature (Hulot venant d’une banlieue où tout le monde communique, où les oiseaux chantent et où les enfants se sentent à l’aise) et l’homme du futur et de l’évolution (la famille calculée, à la destinée industrialisée, presque robotisée). Bien évidemment, la solution se trouve sans doute entre les deux et le final montrera un père à nouveau amusé par erreur, trouvant enfin une certaine complicité avec son fils.


Alors qu’il dépassait déjà de deux têtes ses camarades de classe à l’époque de l’école primaire, Jacques Tati s’est sans doute d’une certaine manière senti exclu d’un monde adulte prônant le formatage, tandis que sa connivence avec le monde enfantin est restée une constante. Celle-ci lui a permis de garder un œil d’observateur frais et amusé. Malheureusement, le monde étant ce qu’il est, Tati, avec la verve qu’on lui connaît, mettra bientôt l’iconique Hulot face à des préoccupations plus graves tandis qu’avec les suivants et ambitieux Playtime (dépeignant l’univers du travail de bureau) et Trafic (consacré à la folie automobile urbaine), l’univers de l’enfance ne sera plus abordé et que de ces œuvres transpirera une certaine désillusion. Mais l’on se souviendra tout de même longtemps de ces étourdissements et de son allure nonchalante tandis que le rire des enfants, courrant à tue tête et profitant heureusement de leur insouciance, résonnera toujours fort dans ces images.

Ont servi de références à la réalisation de ce dossier :
TATI. Marc Bondey, Editions Ramsay Cinema
Jacques Tati, Sa vie, Son Œuvre. David Bellos, Editions du Seuil

David Brami




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