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Jacques Tati : Mon Oncle et ses petits neveux [page 1]

Par Kévin Dutot - publié le 26 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 26 octobre 2009 à 18h19 - 0 commentaire(s)
« Jacques Tati est entré très tôt dans ma vie. Quand j'étais enfant, mon père me parlait souvent de son film favori, qui racontait les aventures fantaisistes d'un facteur dans un petit village de campagne. Il s'agissait bien sûr de Jour de Fête. Mais à l'époque, la vidéo n'existait pas encore, et les reprises de vieux films étaient rares là où nous habitions. Je fantasmais donc beaucoup sur ce film, en essayant d'imaginer ce qui pouvait susciter chez mon père une telle admiration. Et puis un jour, ils ont diffusé Les vacances de M. Hulot à la télévision, et je suis immédiatement tombé sous le charme de ce type à l'humour étrange. Etant moi-même très maladroit, je prenais un plaisir quasi thérapeutique à jubiler de sa gaucherie. Lorsque j'ai commencé à travailler sur le Petit Nicolas, je me suis demandé quelle référence cinématographique se rapprochait le plus, dans l'esprit, des dessins de Sempé, et j'ai immédiatement pensé à Tati. Il y a chez ce cinéaste le même minimalisme, le même sens aigu du détail, et la même poésie. Surtout, il y a chez Tati cette vision d'un monde que les adultes s'évertuent à vouloir ranger et ordonner, au risque de l'aseptiser, et dans lequel un enfant (un grand enfant, en l'occurrence) vient, pour notre plus grand plaisir, semer la pagaille. Et ça, c'est tout à fait la définition du Petit Nicolas... »

Laurent Tirard


Nombreux sont les cinéastes du monde entier à avoir grandi avec le cinéma de Tati… Mon oncle, Jour de fête, Les vacances de M. Hulot ou Play Time sont autant d’oeuvres cultes que de sources d’inspiration pour les réalisateurs des quatre coins du monde qui ne cessent depuis plus d’un demi-siècle de se nourrir de ce langage cinématographique si spécifique et pourtant universel. En France, les metteurs en scène de ces quarante dernières années ont parfaitement assimilé le dialecte Tati, sorte de nouveau langage des signes où l’environnement dicte souvent les actions des protagonistes… Les obsessions du cinéaste, tel un virus dont on ne pourrait échapper, se sont également propagées aux générations qui suivirent jusqu’à élaborer une véritable théorie cinématographique selon laquelle il y aurait dans la filmographie de tous les cinéastes français depuis 1960, un peu de Jacques Tati. On ne s’y réfère pas toujours explicitement, de peur de ne pas soutenir la comparaison, mais c’est parfois trop évident pour ne pas l’avouer… Des exemples récents le prouvent : de Le Temps qu'il reste d’Elia Suleiman au Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet en passant par Versailles Rive Gauche de Bruno Podalydès ou encore Les vacances de Mr Bean de Steve Bendelack, Tati est partout et n’importe où. Chez tous les cinéastes, dans tous les genres et à toutes les sauces ! Aujourd’hui, le cinéaste Laurent Tirard fait également du pied au réalisateur dans son Petit Nicolas… Rien de très curieux dans cette affaire, Sempé et Goscinny étaient eux aussi de grands amateurs du travail de Tati. Et ce cinéma muet, mais on ne peut plus sonore, continue plus que jamais de faire du bruit. Voici donc les neveux de notre oncle…


Après avoir survolé rapidement les films de Lynch, qui se plaît lui aussi à travailler autant sur le son, sur le silence que sur les objets, après avoir joué à « Où est Hulot ? » dans Domicile Conjugal où le personnage incarné par Tati fait une brève apparition dans le métro, après avoir cherché des ressemblances entre l’homme à l’imper et à la pipe et les gags furtifs joués par Jean-Luc Godard lui-même dans Soigne ta droite et si l’on a également repéré un facteur aux allures familières dans Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, on peut alors se poser la question : l’influence de Tati se limite-t-elle à de simples et courts clins d’œil ? Certainement pas…

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