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Jar City : Interview De Baltasar Kormakur [page 1]

Par David A. - publié le 10 septembre 2008 à 02h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h12 - 0 commentaire(s)
Les films islandais sont rares, alors ne boudons pas notre plaisir lorsque l’un d’entre deux arrive à traverser les mers houleuses de la distribution cinématographique. Réalisé en 2006 par le cinéaste Baltasar Kormakur, déjà auteur du très remarqué 101 Reykjavik en 2000, le film est l’adaptation du best-seller La cité des jarres de l’écrivain Arnaldur Indridason. Le cinéaste revient avec nous sur ses motivations de porter le film à l’écran et nous révèle quelques pistes de lecture de son long-métrage. Attention certains éléments clés de Jar City sont ici exposés et pourraient nuire à l’appréciation de ceux qui n’auraient pas encore vu le film.



Quels étaient les éléments du livre qui vous ont interpellés ?
C’était le contraste entre la campagne, la vieille Islande en quelque sorte et les nouvelles technologies mais aussi le fait de découvrir les vieux secrets, ceux de la génération des grands-parents. Et bien sûr le drame de ces deux pères qui perdent leurs filles. Le premier perdant sa petite fille à cause d’une maladie, le second parce qu’il n’arrive plus à communiquer avec elle. C’était plus ce double drame qui m’intéressait plutôt que l’enquête policière en elle-même. C’était plus l’élément humain qui retenait mon attention plutôt que l’histoire des empreintes digitales ou de l’ADN. Le facteur humain de l’intrigue a été déterminant. Je voulais instaurer un double regard, un regard tourné vers l’intérieur et celui tourné vers les apparences, celui qui s’attarde sur les corps et celui qui s’attarde sur les gênes, ces deux regards finissant par converger.

Le film développe moins le récit d’un thriller que d’un film social…Que vouliez-vous montrer de l’Islande ?
J’étais plus attentif à développer des personnages, leur histoire et leurs affects, et les paysages par exemple étaient une bonne occasion de traduire cela. Une façon de raconter une histoire sans tout révéler par des mots. Les paysages sont porteurs de sens, de signification que le metteur en scène peut user pour traduire des états d’âme sans que cela passe par le verbe. La dureté des paysages affecte en quelque sorte les personnages. Les effets atmosphériques changent constamment, ils alternent entre le sombre et le lumineux et ainsi vont les personnages. Je ne montre pas le côté touristique, le côté carte postale de l’Islande, les glaciers, les cascades, etc., je montre le côté plus dur, plus authentique, je montre les paysages déserts et rocailleux. Certains peuvent trouver ces paysages d’une grande beauté par ailleurs, mais il s’agissait surtout de donner un cadre à cette histoire de policier qui par bien des aspects semble tel un missionnaire tentant de corriger près de trente ans d’erreurs de jugements.



A propos du climat et des paysages constamment changeants, constamment battus par les vents, les embruns et la pluie, je pensais fortement au romantisme du XIXè siècle, ces paysages presque dénudés de présence humaine et à la fois révélateur de l’état d’âme de l’artiste, notamment le sentiment de mélancolie…
Oui, exactement, un lourd sentiment de solitude. Tout le film est au sujet de la solitude, celle qu’éprouve la femme isolée dans sa maison qui semble en connaître plus sur le passé que n’importe qui, la solitude du policier qui parcourt les paysages déserts du pays à la recherche de la vérité, etc. La solitude est partout, elle imprègne le pays car l’Islande est une île. Les paysages de l’Islande vous écrasent en quelque sorte, ils vous diminuent et vous isolent. Et le pire c’est qu’on ne peut leur échapper, le décor devient une sorte de prison. En même temps lorsque vous décidez de vivre en Islande, lorsque c’est un choix, vous pouvez vous y sentir bien. Mon père était espagnol et il est arrivé sur l’île pour ne plus jamais la quitter. Il aimait ces paysages. Quand j’étais enfant au contraire, ce pays était comme des menottes entravant ma liberté.

Un endroit dont vous ne pouviez vous échapper…
Oui, vous ne pouviez pas vous en tirer, vous en échapper. Le succès international paraissait inaccessible. Les gens qui vivent aujourd’hui en Islande sont simplement les descendants des premiers colons de l’île. Personne n’est venu enrichir la population, y mettre un peu de mixité tant ce pays est isolé.


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