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Jar City : Interview De Baltasar Kormakur [page 3]

Par David A. - publié le 10 septembre 2008 à 02h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h12 - 0 commentaire(s)
Votre film développe une double structure qui mélange deux moments bien distincts mais qui apparaissent, au premier abord, intimement liés, seule la fin révélant la séparation temporelle. Pourquoi avoir choisi une telle option de montage ?
Dans le livre ce n’est pas comme ça, il fonctionne par flashbacks. Selon moi ce n’était pas intéressant car l’on apprend très vite qui est le meurtrier et le reste de l’intrigue s’attarde seulement sur les faits qui conduiront le policier à découvrir la vérité. Dans le film je voulais pouvoir développer mes personnages sans que le public puisse savoir qui était en fait l’assassin, je voulais que la confusion s’installe jusqu’au bout. Séparer les deux moments chronologiques de l’histoire aurait révélé trop d’informations et l’ambiguïté n’aurait pas tenu. La tension du film nécessitait cet aspect puzzle de l’histoire. Ainsi je pouvais combiner l’aspect dramatique du film avec une tension spécifique au thriller, donner au public une occasion de jouer avec les divers éléments et détails qui n’apparaissent pas à la première vision du film mais se révèlent à une deuxième ou troisième lecture. J’aime jouer avec le public. Par ailleurs le scénario ne présentait pas cette structure imbriquée, il reprenait simplement celle du livre et si les gens aimaient l’intrigue, aimaient l’histoire, quelque chose les gênait dans l’énonciation. En même temps personne ne me disait de bousculer la narration jusqu’à ce que je le fasse.



Cette double structure, c’est celle des deux enquêtes, celle du jeune père qui analyse les données scientifiques des gênes de la population islandaise, et celle du vieux policier qui doit battre le terrain et déterrer des corps pour trouver des indices et enfin des preuves…
Oui, c’est une sorte d’opposition entre les possibilités des ordinateurs et celles de l’enquête de terrain. L’un déterre le passé en analysant des données, l’autre déterre le passé de façon littérale. Ils observent un même but mais utilisent deux méthodes différentes, et le montage imbriqué montre cela. Ce montage me permettait en outre de construire consciencieusement l’intrigue, ne pas tout révéler, donner au public de quoi tenir jusqu’au bout. Aujourd’hui le cinéma tend à être simplifié, sur-expliqué, on ne laisse pas la place à l’imagination pour travailler.

On dénombre quand même quelques films dans cette tendance à la restructuration du récit, je pense à Memento, Usual Suspects
Pour Memento, vous savez que cette forme de récit, celui qui chronologiquement revient en arrière revient à Harold Pinter dans Betrayal une pièce de théâtre de 1978 ?

Non, je ne savais pas !
C’est bien meilleur que Memento ! Il existe une version télé de cette pièce avec Ben Kingsley je crois [réalisée en 1983 par David Hugh Jones NDR]. Mais dans mon film il ne s’agit pas de tromper le public comme dans The game par exemple, car dans le film de David Fincher, quand vous le revoyez, vous comprenez que les possibilités de scénario sont tellement nombreuses que cette histoire d’entreprise qui vous fait vivre une expérience tronquée ne tient pas debout, que chaque solution apportée par le scénario ne permet qu’au film d’avancer. Ce film ne fonctionne vraiment qu’à la première vision. J’avais demandé à mon entourage quels films présentaient ce type de structure scénaristique, et mis à part Memento ou même 21 grammes qui sont des films d’un genre totalement différent, personne n’avait vu de film développant ce principe d’un montage imbriqué, ou du moins tel que je l’imaginais pour Jar City.



Vous prenez beaucoup de recul sur la violence, elle transparaît seulement dans quelques scènes mais sans jamais d’effusion inutile…
La violence excessive et inutile m’ennuie le plus profondément du monde ! Tous ces effets, aussi bien sonores que les effets pyrotechniques et les effets spéciaux, tous ces effets que l’on utilise depuis vingt ans, rendent la violence artificielle et sans intérêt. Quand je montre la violence, elle est toujours brève et peu séduisante. La violence est quelque chose de fort, d’irrémédiable, c’est une notion existentialiste. C’est quelque chose de concret et de désagréable. Lorsque vous en usez, il faut également en démontrer les conséquences. On ne peut juste glorifier cette forme de rapport, il faut en prendre la responsabilité. Enfin, ceci est mon point de vue.

Propos recueillis par David A.
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