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Jean-pierre Bacri : Le Faux Misanthrope [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 10 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 10 octobre 2009 à 18h07 - 0 commentaire(s)
Jean-Pierre Bacri est un acteur que l'on peut étiqueter un peu hâtivement. On l'entend régulièrement qualifié de bougon ou de râleur. Cela donne lieu à bien des raccourcis et des caricatures. Mais, lorsqu'on se penche sur son oeuvre d'acteur et de scénariste, c'est l'impression inverse que l'on éprouve. On se trouve face à un homme intègre, sensible et engagé, plein d'humanité. Ses interprétations sont nuancées. Les seconds rôles de ses débuts ne lui ont pas permis de se distinguer. C'est véritablement lorsqu'il rencontre Agnès Jaoui qu'il trouve des emplois à sa mesure. Il prend sa plume pour explorer les faiblesses de personnages touchants et pétris de fêlures. Et devant ces hommes mélancoliques, émouvants et un brin losers (de Cuisine et dépendances à Parlez-moi de la pluie), l'image médiatique trop simplette vole en éclats. C'est à un acteur raffiné que l'on a affaire, capable de la fantaisie la plus débridée (dans Didier de Alain Chabat) et d'une grande vulnérabilité, pleine de tourments (dans Une femme de ménage de Claude Berri ou Place Vendôme de Nicole Garcia). Il s'est consacré à l'oeuvre poétique, tendre et cinéphile ancrée dans un milieu ouvrier, Adieu Gary de Nassim Amaouche (sortie le 22 juillet 2009) où il a également officié en tant que producteur.



En quête d'un univers

Jean-Pierre Bacri est né en 1951 à Castiglione en Algérie. Tout gamin, il traîne dans le cinéma où son père est guichetier et découvre le septième art. Ses grandes références se nomment Lubitsch ou Capra, on retrouvera leur influence dans son écriture, l'acteur qu'il admire est James Stewart. Sa famille arrive en France en 1962. Le jeune homme ne se consacre d'abord pas à la comédie, mais au verbe et à la belle langue (envisageant de devenir prof de français et de latin). Au milieu des années 70, il monte à Paris et travaille dans la publicité. Dans le même temps il se forme au métier d'acteur au cours Simon. Pourtant, c'est par la plume et l'écriture qu'il se distingue d'abord (il écrit sa première pièce « Tout simplement » en 1976). En tant que comédien, il remporte le succès au théâtre dans « Le doux visage de l'amour ».

Au cinéma, les débuts sont plus humbles et il ne décroche d'abord que des seconds rôles. Pourtant on le remarque déjà, dans Le Grand pardon de Alexandre Arcady en 1981 (dans le rôle d'un proxénète) et en compère un peu stupide de Michel Galabru dans Subway de Luc Besson en 1985. Il prend dès lors du galon et se voit confier des rôles plus importants comme dans l'oppressant Mort un Dimanche de pluie, ou dans l'ambiance plus légère de L'été en pente douce de Gérard Krawczyk en 1987. Il rencontre Mocky pour les Saisons du plaisir et rejoint les vieux amis de Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré en 1989. Son rôle d'homosexuel qui se condamne à l'abstinence pour échapper au Sida est assez savoureux mais ne rend pas justice à sa sensibilité (le tournage ne se passe pas très bien). Bacri, s'il a fait ses preuves en tant qu'acteur, doit encore imposer son univers. C'est ce qu'il accomplit dans les années 90, aux côtés d'Agnès Jaoui.



Le duo d'acteurs devenus auteurs s'impose au théâtre. Leur pièce Cuisine et dépendances se verra adaptée sur grand écran, réalisée par Philippe Muyl en 1993. Tout un univers se dessine. Les répliques fusent, justes et mordantes, révèlent les défauts ou les blessures de chacun. En l'espace d'une soirée où l'on reçoit une vedette de la télé (qu'on ne voit jamais), on assiste en coulisses à la déliquescence de chaque personnage. Ils échappent tous à l'archétype auquel on les avait d'abord réduits. Zabou Breitman n'est pas une femme au foyer irréprochable, Bacri n'est pas -seulement- un misanthrope râleur et abusant de l'hospitalité de ses amis bourgeois. Et les masques tombent. On assiste à la formation d'une famille de cinéma (Jean-Pierre Darroussin et Sam Karmann que l'on retrouvera dans Un air de famille). Enfin derrière sa façade de caractériel acerbe, Bacri suggère la blessure profonde de son personnage, son coeur brisé et sa hantise de la solitude.


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