La ressortie d'
Excalibur le 19 Novembre au cinéma, permet d'évoquer l'un des meilleurs cinéastes de notre temps, John Boorman. Evidemment beaucoup ont salué ce chef d'oeuvre médiéval et arthurien, certains chérissent même sa tentative d'heroic fantasy,
Zardoz, et surtout son beau poème écologique
La Forêt d'émeraude. On lui doit également de grands chocs comme
Délivrance ou
Rangoon. Il a à ses débuts réalisé de très bons films aux côtés de Lee Marvin. Il a un parcours presque exemplaire, jusqu'à ses films récents, moins retentissants comme
Le Tailleur du Panama ou
In my country. Il est l'auteur de beaux documentaires sur D.W Griffiths, les Frères Lumière et son grand ami Lee Marvin. Il est de ces hommes qui mettent du souffle dans ce qu'ils filment. Pour reprendre un expression heureuse de
Bertrand Blier, auprès de qui nous passerons cette semaine, il est « un foutu bon metteur en scène ».
Il vit le jour en Angleterre en 1933. Son enfance fut marquée par le Blitz et les ravages de la Seconde guerre mondiale (où Londres fut ravagée par les bombardements). Il évoqua son expérience dans un film profondément autobiographique, La Guerre à 7 ans en 1987. Sa formation est d'abord celle d'un critique de cinéma, un journaliste qui peu à peu oeuvra pour la BBC dans la section des documentaires. Son premier essai au cinéma fit un four. Il était intitulé « Catch us if you can » en 1965, traduit assez judicieusement par
Sauve qui peut. C'était un film sur un groupe pop ressemblant à s'y méprendre au Beatles, le talent en moins. La tentative était bien dans l'esprit du temps mais ne se couronna pas de succès, malgré une aisance déjà certaine à la caméra, qui imposait déjà le point de vue fort du cinéaste. Sauve qui peut Sauve qui peut
C'est véritablement sa rencontre avec Lee Marvin qui le fit remarquer en 1968 avec
le Point de non-retour, film de gangster d'une rare efficacité, porté par son interprète, vengeur redoutable, et maîtrisé de bout en bout par le metteur en scène. Il s'agit d'un polar noir qui a assimilé les codes de la Nouvelle vague. Boorman impressionne dans ce registre. Avec
Duel dans le pacifique, il retrouvait son ami Marvin et Toshirô Mifune (que l'on a souvent vu chez Kurosawa). On voyait pour la première fois à l'écran le thème majeur de Boorman, qu'il allait explorer dans ses oeuvres les plus marquantes: celui de la nature. Les deux hommes échouent sur une île déserte du pacifique, doivent y cohabiter et survivre. Boorman abordait également une autre constante: un pacifisme farouche, dénonçant l'absurdité de la guerre (car en théorie, ces deux là sont ennemis). Il continuait en 1970 d'explorer tous les genres de cinéma (explorant ses références et affirmant son style) avec
Leo the last, avec
Marcello Mastroianni et un film logiquement plus fellinien où ce dernier était un riche désoeuvré qui découvre la vie de la rue, la pauvreté et la violence. Une sensibilité politique et humaniste continue d'être au coeur de son oeuvre.
Enfin arriva en 1972, ce chef d'oeuvre qu'est
Délivrance. Ici une bande d'aventuriers conduits par
Burt Reynolds va descendre une rivière dangereuse. Mais dans cette région reculée, ces citadins aventureux et un peu vains vont être confrontés à la nature humaine et à sa sauvagerie dans ce qu'elle a de plus cru. Le vrai potentiel de chacun sera révélé face à l'adversité et la violence du viol et du meurtre. Peu à peu, les hommes redeviennent des bêtes sauvages traquées et doivent tout faire pour survivre, y compris ce que leur morale réprouve. Il est intéressant de voir que c'est le faible qui triomphait tandis que le baroudeur blessé geignait... les masques tombent et chacun révèle un visage inattendu, et presque le contraire de ce qu'ils semblaient au départ. On a rarement vu film plus âpre...