En 1994, il réalisait
Rangoon, une oeuvre engagée, qui sensibilisait le public sur la situation en Birmanie et racontait l'histoire d'une américaine brisée par le deuil (émouvante et intense
Patricia Arquette). Lors d'un voyage qui tournait mal, elle comprenait la nature de cette dictature très dure et épousait la cause des partisans du Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi. C'était un beau film trépidant et qui délivrait son message avec une grande humanité et une efficacité certaine. Encore une fois, dans la fuite de Arquette, la nature imposait son auguste éternité et offrait un beau contrepoint aux gesticulations dérisoires des hommes.
En 1998, il sortait
le Général, récompensé à Cannes, retraçant le destin hors du commun d'un malfaiteur anarchiste, Martin Cahill, rétif à toute autorité depuis l'enfance et qui a en subir les conséquences. Par son irrévérence malicieuse, il gagnait très vite une notoriété certaine, devenant une cible pour les policiers anglais comme pour l'IRA. L'anticonformisme a toujours été la caractéristique du cinéaste. Le film était en Noir et Blanc, le traitement était assez brut, ce Robin des Bois incontrôlable était irrésistible. On retrouvait avec ce film l'approche réaliste de Boorman mais aussi sa propension à se consacrer à des sujets hors du commun, ce qui pourrait fort bien être antinomique. La conscience politique était également présente comme toujours: la situation délicate de l'Irlande en toile de fond. Il retrouverait
Brendan Gleeson et l'ambiance irlandaise si particulière, dans
the Tiger's tail en 2006.
Après un film d'espionnage adapté de John le Carré,
le Tailleur de Panama, interprété par un Pierce Brosnan qui tentait en 2001 de se discerner de James Bond et par
Geoffrey Rush, Boorman revenait avec un film plus intense,
In my country. En 2003, il y traitait de l'apartheid en Afrique du Sud et des audiences de réconciliation qui suivirent l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Juliette Binoche y était une belle poète afrikaner qui incarnait toutes les contradictions de son pays.
Samuel L. Jackson était un journaliste noir américain, dont l'opinion se nuançait au contact de cette femme. C'était encore un beau film, porté par un couple charismatique.
On attend encore beaucoup de John Boorman notamment pour les
Mémoires d'Hadrien, adaptation du beau roman de Marguerite Yourcenar avec
Daniel Craig dans le rôle titre. Il travaille également à un film d'animation, une nouvelle adaptation du classique
Le Magicien d'Oz.
Boorman s'est toujours situé dans une position unique, livrant des oeuvres atypiques, à la fois réalistes et parfois dures (comme
Le Point de non-retour), souvent empreintes d'un message humaniste et contant des histoires magnifiques. Cet équilibre est assez rare et dur à trouver au cinéma: entre réalisme et fable, conscience politique et rêverie, engagement et merveilleux. Cette alliance de contradictions, de traits antinomiques, fait sans nul doute toute l'originalité de John Boorman.