"John Ford est tout simplement le cinéma. Je suis plongé depuis quelques jours dans un livre fantastique, A la recherche de John Ford par Joseph McBride. Quand on lit ce livre presque ultime sur Ford, on se rend vraiment compte que c'est un personnage incroyable, un type qui a assumé tous les postes, qui a parcouru toute une époque, plusieurs époques. Il a été l'assistant de son frère, il a travaillé avec les plus grands producteurs américains, il vient du muet, on a perdu quasiment tous ses films muets, mais il en a tourné près de 40, et il a réussi à créer un pont avec le cinéma parlant et s'est épanoui dans ce nouveau cinéma. Il a remis à la mode le western, un genre que personne ne prenait au sérieux à l'époque, il l'a transcendé, en a fait un vrai genre, a montré qu'au travers du western on pouvait parler d'autre chose. Il a exploré avec d'autres, comme Howard Hawks ou Delmer Daves, tous les thèmes humains à travers le western. C'est l'un des plus grands créateurs du XXème et c'est un auteur, vraiment, dans le sens où ses films révèlent de ce qu'il était profondément, de sa personnalité, de ses envies, de ses contradictions et en tant qu'homme il en a beaucoup. Il s'est, par exemple, souvent servi de l'image des Indiens dans ses films, au départ sa vision était plutôt réactionnaire, puis il s'est humanisé. Il a créé l'image du héros, je me souviens de Stage coach, le récit tourne autour d'une diligence et de ses passagers formant une sorte de microcosme social, c'est ce que j'essaie de faire dans mes films. Beaucoup de cinéastes se sont inspirés de John Ford, pour Jean Renoir c'était l'un des plus grands metteurs en scène sur le paysage cinématographique mondial." Florent-Emilio SiriRécemment encore, Florent Emilio Siri nous faisait part de son admiration pour la mise en scène de John Ford, et rappelait par l’anecdote à quel point le cinéaste avait atteint la maîtrise de son Art : «
John Ford n’allait pas au montage. Il tournait monté. Il ne filmait que les plans qui lui étaient strictement nécessaires. Et il filmait d’une façon telle qu’il était impossible ensuite de les monter autrement que comme il l’avait envisagé. En clair, tu ne pouvais pas changer ses films au montage. »
Quarante ans après avoir achevé son dernier film, sur une carrière qui en compte 140, John Ford demeure le chêne inébranlable vers lequel se tournent les cinéastes du monde entier. Son style, qui lui était pourtant personnel, est devenu l’incarnation même du Classique, autrement dit la norme d’excellence sur laquelle peuvent se reposer tous les cinéastes en proie au doute, et surtout les plus grands. En clair, John Ford est au cinéma mondial ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique occidentale.
Que l’on cherche à faire du drame familial intimiste ou du film d’aventure exubérant, l’enseignement de Ford sera toujours d’un apport précieux. Et de la même façon qu’on retrouve Bach dans la moindre note de la moindre musique entendue aujourd’hui à la radio, on retrouvera Ford dans le moindre bout de fiction filmique. Celui qui espère comprendre quelque chose au mot « Cinéma » ne peut tout simplement pas contourner ce chêne.
Note : Chacun des films que nous avons sélectionné pour cet article méritent à eux seuls un ou plusieurs ouvrages. N’attendez donc aucune exhaustivité. Ce qui suit est l’introduction de l’introduction de l’introduction d’une partie de la carrière monumentale de Ford.