Les joues creuses, le regard noir, la grâce de Buster Keaton et une dégaine de rock star,
Johnny Depp a tout pour affoler les donzelles et rendre envieux leurs compagnons. Il est surtout un acteur qui a su sortir de ses débuts télévisuels d'idole des jeunes (dans
21 Jump street), pour imposer une inspiration bien à lui, anticonformiste (dès
Cry Baby de
John Waters), constituant à force de choix judicieux un univers qui lui est propre (dans
Dead Man de Jim Jarmusch ou
Las Vegas Parano, jusqu'à composer son audacieux Jack Sparrow, dans
Pirates des caraïbes). Il a connu une collaboration extraordinaire avec
Tim Burton (de
Edward aux mains d'argent à
Sweeney Todd). Passant lui-même à la réalisation (pour
The Brave) et très influencé par le style de Kusturica (pour qui il a tourné dans
Arizona Dream),
Johnny Depp s'est imposé comme l'une des figures majeures du cinéma américain de ces vingt dernières années et le confirme de nouveau en se joignant à
Public enemies, le dernier opus du grand
Michael Mann (
sortie le 8 Juillet).
Faux départsNé en Juin 1963, dans le Kentucky et au sein d’un milieu modeste, le jeune Johnny a connu une jeunesse tapageuse. Peu fait pour l'école, vivant dans des motels après que sa famille ait déménagé en Floride, il a vécu une vie de vagabond, fumant et buvant très tôt, s'adonnant aux excès et commettant des larcins. Logiquement, le mauvais garçon est fasciné par le Rock n'roll. Apprenant seul la guitare, il se consacre totalement à sa passion. Bientôt, il est membre d'un groupe et se produit dans des night-clubs. Il quitte l'école à l'âge de 16 ans. C'est ainsi qu'il débarque à Los Angeles espérant y percer en tant que musicien. Le destin a cependant d'autres plans pour lui. Ami de
Nicolas Cage qui le persuade de s'essayer à la comédie, il rencontre l'agent de ce dernier. Après quelques auditions pour Wes Craven, il fait sa première apparition au cinéma en 1985 dans
les Griffes de la nuit, malheureuse victime de Freddy Krueger, terminant sa vie englouti par son lit dans un geyser sanglant. Après la séparation de son groupe, il prend des cours de comédie à L.A.
Il apparaît sous les traits d'un jeune soldat pris dans l'enfer du Vietnam dans
Platoon d’
Oliver Stone en 1987. Mais il ne décroche au cinéma que des rôles dans des films oubliables lui permettant de se sustenter pour poursuivre sa carrière musicale, son but d'alors. Il connaît pourtant la gloire en devenant contre son gré une icône adolescente pendant les quatre saisons de
21 jump street jusqu'en 1989. Il a d'abord refusé ce rôle, l'acceptant finalement en pensant que cela ne durerait qu'un temps. Désireux d'échapper à cette étiquette réductrice et très éloignée de ses velléités artistiques, il refusera de continuer l'aventure, s'y sentant littéralement piégé. Il s'emploiera dès lors à tracer son chemin et se détacher de cette image qui a pour lui tout d'un malentendu. Il la dynamitera dès 1990 grâce au provocateur
John Waters et à son
Cry baby.