1. >
  2. >
  3. >
  4. >Joy Division : Trois Portraits [page 1]

Joy Division : Trois Portraits [page 1]

Par André Ianos - publié le 27 janvier 2009 à 00h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h40 - 0 commentaire(s)
Constituant un genre rarement en berne, les films « à propos de » ou basés sur la vie de musiciens marquants et populaires portés sur grand écran ne manquent pas. Plus particulièrement de nos jours où, semble-t-il, peu d’artistes musicaux semblent se démarquer réellement de la masse et créer une réelle brèche, incitant à recentrer l’attention sur les légendes passées plutôt que sur les succès naissant. Ainsi avons-nous vu fourmiller au cours de ces dernières années des biopics et autres documentaires retraçant la vie de légendes de l’histoire contemporaine de la musique. C’est (à nouveau) au tour du groupe mythique de la fin des années 70 Joy Division d’être mis en avant avec un documentaire sortant sur nos écrans le 28 du mois courant. Surtout connu pour avoir dynamité le monde du punk rock, ce groupe mené par le maudit génie créatif Ian Curtis avait déjà fait l’objet, il y a un peu plus d’un an, d’un film de fiction, Control. Nous allons à l’occasion de la sortie du sobrement intitulé « Joy Division » revenir sur trois films, trois manières particulières de portraiturer un musicien au cinéma. En tête d’affiche aujourd’hui, Joy Division, Bob Dylan et The Clash.



Joy Division : Le portrait intimiste

Il apparaît comme tout indiqué d’évoquer en premier lieu le « concurrent » direct du nouvel arrivant, à savoir le film Control de Anton Corbijn. Empreint dès les premières images et, par la suite, tout au long du film, d’un ombrage visuel, d’une pâleur et d’une palette noir et blanc très nostalgique, très « nouvelle vague », le film témoigne constamment de la mortalité imminente du personnage principal, Ian Curtis incarné impeccablement par Sam Riley. Décédé à 23 ans, Ian Curtis reste pourtant extrêmement vivant dans l’esprit et le cœur de nombreux fans et artistes, de par ce qu’il incarne de révolte, de colère, d’angoisse, de mal-être générationnel et d’énergie punk-rock. Le réalisateur Anton Corbijn et le scénariste Matt Greenhalgh ne prétendent pas ici explorer la profondeur psychologique de l’énigmatique chanteur, et encore moins de découvrir les sources émotionnelles exactes de ses chansons. Le film montre cependant de manière pleine et suffisante la manière avérée de procéder de l’artiste lors de la création d’un morceau, de ses gribouillis dans un cahier de notes à l’interprétation sur scène devant des foules de plus en plus extatiques. Sont également notées en marge en guise d’indice très éloquents les principaux référents et maîtres à penser de Curtis, à savoir les héros de la culture proto-punk que sont David Bowie, Lou Reed et J.G. Ballard, mais également William Wordsworth, que le chanteur citait de mémoire.



Il s’agit, lorsqu’un cinéaste ou un scénariste traite d’une telle icône musicale, de réussir à prendre en compte sa vie artistique et sa fin prématurée sans en faire une simple corrélation de cause à effet. Il fallait à tout prix éviter de fournir au spectateur et aux fans un simple épisode supplémentaire au volume imposant de la martyrologie pop. La biographie filmique d’un artiste (très) prématurément disparu présente toujours le risque de finir par tourner la créativité en un symptôme et la fatalité en une pathologie. Une des grandes qualités de Control est de ne pas tomber dans ce piège pourtant difficilement contournable. Anton Corbijn évite donc l’écueil du sentimentalisme et nous livre une œuvre énigmatique et émouvante, à l’instar des meilleurs morceaux du groupe mythique. De même, le film évite de s’embourber dans une nostalgie moribonde lors de l’évocation des scènes à Manchester, aux débuts du groupe.


Vos réactions


logAudience