Par La Rédaction - publié le 22 février 2010 à 10h51
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Un regard sur sa filmographie et ça devient une évidence : Julianne Moore arbore une capacité impressionnante à concilier deux branches précises de cinéma : celle, Hollywoodienne, des grosses machines ; l’autre, indépendante, des Todd Haynes et autres précieux ausculteurs des complexités de l’âme.

 

 

Julianne Moore
 

UBER CLASSE
 
SHORT CUTS
Dans les années 70, le phénoménal Nashville (pas moins de 24 personnages différents sur fond de music country et d'élection présidentielle) préfigure un autre objet non moins phénoménal taraudé par les secousses sismiques et les dérèglements comportementaux: Short Cuts, adapté du roman monstrueux de Raymond Carver. Une figure stylistique qu'il a finie par faire sienne, conclue avec The Last Show, film mélancolique et nostalgique, aboutissement d'une filmographie riche, dans lequel on continue de croire alors que tous les espoirs sont caducs (la mort incarnée par Virginia Madsen, rôle faussement anecdotique). Un dernier film en forme de «show must go on» qui faisait singulièrement écho à Nashville, comme pour dire que la boucle était bouclée, que les gens biens existent malgré tout et que les cons resteront toujours cons.
 

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SAFE
C'est l'inimitable Todd Haynes qui a révélé sa palette de comédienne multifonction en la conviant à ses deux meilleurs opus : Safe où elle incarne une femme atteinte d'une étrange allergie qui ne dira jamais son nom (métaphore du sida) et qui n'arrive plus à respirer dans son confort bourgeois en piquant notamment une crise en plein anniversaire entourée de ses amies superficielles. Accompagnant sans faiblir son personnage au bord de la folie, Julianne Moore se meurt dans un rôle où la performance ostentatoire est rigoureusement interdite. Le cinéaste avoue d'ailleurs que la qualité du film n'aurait pas été la même sans l'actrice, louant dès qu'il peut sa capacité inouïe à jouer sur les registres de la fragilité et de l'ambiguïté. 
 
 

LOIN DU PARADIS
Le duo Julianne Moore-Todd Haynes a si bien fonctionné qu'ils se sont retrouvés dans Loin du paradis, mélo flamboyant et déchirant où le cinéaste rend hommage aux films technicolor de Douglas Sirk pour parler des diktats de la société actuelle avec une grâce inespérée. Pour incarner son personnage référentiel, elle emprunte la voix de Doris Day, met le fouloir autour du cou comme Dorothy Malone... Et bouleverse en femme au foyer qui découvre (ô malheur) que son mari aime embrasser les garçons et tombe (ô re-malheur) sous le charme d'un noir dans l'Amérique puritaine et phagocytée des années 50. D'un bout à l'autre, son personnage tente de garder le sourire, exprime la frustration par un simple regard... avant de fondre en larmes et d'échanger un dernier regard où l'amour hurle silencieusement à celui qu'elle aime, avant que le train s'en aille. Comme toutes les histoires d'amour, la relation est impossible, contrariée par les préjugés sociaux et la connerie des gens. Que ce soit dans les années 50 ou aujourd'hui, l'hypocrisie sociale reste la même et étouffe (c'est le sujet que Todd Haynes ressasse dans chacun de ses films sauf peut-être Velvet Goldmine).
 

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BOOGIE NIGHTS
Etonnante odyssée que celle de ce pizzaiolo californien fort bien membré, devenu une star du porno dans les années 70... En racontant l'ascension puis la destruction morale et physique de cet étalon, dans un récit fleuve de deux heures trente, le jeune Paul Thomas Anderson a surpris la puritaine Amérique par son mélange de réalisme cynique et d'humour funèbre. Il y a une incroyable ambition dans le propos, qui veut passer aux rayons X plus de quinze ans d'évolution des mœurs sur la côte Ouest. A travers des plans-séquences inspirés de Scorsese, Boogie Nights recèle de fort beaux moments, aux antipodes de la gaudriole et du voyeurisme. Burt Reynolds est magnifique dans le rôle du fabricant de pornos à la chaîne, tout comme Julianne Moore, sublime, forcément.
 
THE BIG LEBOWSKI
Estampillé culte, The Big Lebowski est un film déroutant comme les frères Coen aime à en faire. Il châtie les règles de la narration usuelle : malgré un fil conducteur robuste, on ne sait pas bien où ça veut en venir. C'est normal puisqu'il s'agit d'un film sur la glande et le néant existentiel. Les confusions multiples génèrent des rebondissements en pagaille qui procurent autant de confusion que de satisfaction. Mais, au-delà de son récit chaotique et volontairement éclaté, The Big Lebowski est avant tout un film d'une drôlerie inouïe qu'il faudrait prescrire aux neurasthéniques tant sa folie est roborative, accidentelle et stimulante. Si Jeff Bridges, acteur remarquable toujours aussi inexploité, n'est jamais aussi bon que lorsqu'il joue les glandeurs, la réussite de ce film cintré, pas forcément apprivoisable au premier coup d'œil (il faut être dans le mood, autrement on risque de passer à côté), est redevable à une galerie explosive de personnages secondaires fulgurants incarnés par des acteurs ad hoc qui ont tous l'occasion de se mettre en valeur. A ce titre, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, John Goodman, Steve Buscemi et John Turturro délivrent des prestations mémorables.
 

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MAGNOLIA
Le cinéma d'Anderson se positionne comme le croisement entre la virtuosité d'un Scorsese (on retrouve dans chacun de ses films de prodigieux plans séquences) et la qualité d'écriture d'un Altman (Magnolia est un hommage à peine caché à Short Cuts). C'est justement dans cette qualité d'écriture que réside la force de son oeuvre. Chaque film du metteur en scène scrute la vie de multiples personnages, leur donnant à chacun le temps et surtout les moyens d'exister. Ainsi, tous ses personnages peuvent être émouvants, touchants. Magnolia ne fait que confirmer cet adage. Pendant plus de trois heures, le réalisateur tisse sa toile, s'amuse à croiser ses différents protagonistes. Certains sont directement liés les uns aux autres, d'autres vont se rencontrer, s'aimer, à l'image de l'attendrissant couple formé par Melora Walters et John C. Reilly, acteur fétiche du cinéaste et qu'on aimerait voir plus souvent tant il peut être formidable. D'ailleurs, c'est un leitmotiv chez Anderson de faire appel à ce qu'on nomme une famille d'acteurs : tous les principaux comédiens de Boogie Nights sont de nouveau présents et certains jouaient déjà dans son premier film.En tête d'un casting parfait émerge l'étonnante Julianne Moore (on oublie pas pour autant l'épatante prestation de Tom Cruise). Cette immense actrice nous donne l'occasion de voir l'une des scènes les plus bouleversantes et les impressionnantes qu'une comédienne nous ait offerte depuis très, très longtemps. 


LES FILS DE L'HOMME
Toute la dernière partie des Fils de l'homme qui se concentre sur le combat d'un homme pour vaincre l'ostracisme des immigrants en même temps que ses propres démons intérieurs fait affleurer une émotion durable. Si l'importance accordée à l'intériorité et à l'inquiétude psy dans Les Fils de l'homme donne une impression de flottement, les enjeux dramatiques demeurent limpides et cohérents d'un bout à l'autre. C'est l'originalité de ce film indispensable, d'une force inouie.

 

 


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