Sort cette semaine le remake du classique de
Robert Wise,
Le jour où la Terre s’arrêta. Avec pour vedette la belle et talentueuse Jennifer Connelly, unanimement acclamée par le public et la critique, le film met aussi en valeur l’acteur
Keanu Reeves, véritable trublion dans le registre des stars populaires. L’occasion pour nous de revoir brièvement la carrière d’une anti-star qui mériterait sans doute d’être revue à la hausse.
Keanu Reeves possède une faculté que très peu d’autres célébrités ont réussi à obtenir. Un don que beaucoup recherchent, à l’instar d’un
Brad Pitt en perpétuelle quête d’un rôle pouvant briser son image de beau gosse. Car ce qui fait de l’icône culte de la trilogie
Matrix un cas à part, c’est son aptitude à se montrer le plus inattendu possible. D’où cette incroyable schizophrénie lancinante qui hante les avis à son égard : comédien incontournable au talent rare pour certains, vieille ado à l’expressivité d’un huître pour d’autres, l’acteur comptabilise à lui tout seul les records quant aux rejets et aux passions du public. Et pourtant, si on pouvait rester totalement indécis quand à sa réelle nature, il semble évident, vu ses antécédents, que c’est bien une volonté propre de se dévoiler insaisissable et inclassifiable. Avec une filmographie à la richesse improbable et dans laquelle se mêlent bon et moins bon, Reeves se permet, en tentant le tout pour le tout, de brouiller les pistes et de faire son chemin sans rien attendre en retour : en témoigne certains choix, certains refus et toujours cette même boulimie de s’amuser ! Que ce soient dans les interprétations graves ou les figurations par contrat, il semble toujours en dehors des choses et des événements, une certaine réserve intègre étant plus forte que le reste. Troublant alors de se confronter à un acteur s’exerçant dans des milieux émotionnellement démonstratifs mais refusant de trop se dévoiler, sans doute par peur de se laisser appréhender... Une retenue plus proche de l’effacement que du jeu discret mais qui trouve, pourtant, une explication dans certains épisodes de sa vie.

Keanu Reeves naît le 2 septembre 1964 à Beyrouth au Liban d’un père géologue et d’une maman show girl. Passant ses premières années en Australie, il rejoint New York dès 1967, son père ayant fuit le foyer familial sans explication et sans ressources. Se liant essentiellement d’amitié avec sa sœur Kim, il subit les déboires sentimentaux de sa mère avec beaucoup de douleur : les hommes s’enchaînent à la maison et les trois sont bientôt contraint d’aller habiter à Toronto où vit Paul Aaron, nouvel époux et metteur en scène dont les titres de gloire sont inexistants. Complètement instable, sa mère divorce quelques mois plus tard : s’ensuivra une longue série de mariages et de divorces découlant sur la naissance d’une petite sœur. Arrivé à l’âge de comprendre la situation, Keanu (dont le prénom découle des origines hawaïennes de la famille) décide de s’opposer à cette cellule familiale précaire en se faisant cancre de la classe. Ado, il se passionne pour le théâtre et le hockey sur glace, alternatives envisageables lui permettant de quitter le lycée. C’est ce qu’il fera à l’age de dix-sept ans, celui-ci s’investissant à fond dans ses deux nouveaux hobbies. Exprimant son mal être sur scène, il profite des tournois musclés de hockey pour évacuer sa rage ce qui fait que, après quelques beaux scores, il se voit surnommer "the wall" par ses partenaires. Profitant des opportunités que présentent Toronto au Canada, il postule pour travailler à la télévision : après quelques petits jobs sur les plateaux de tournage, il finit par obtenir un rôle dans la série
Going Great. Plusieurs téléfilms plus tard et autant de compétitions professionnelles plus tard, il parvient à décrocher, pour ses talents de jeu et de sportif, un petit rôle dans
Youngblood de Peter Markle. Sur le tournage narrant les aventures d’un jeune hockeyeur interprété par
Rob Lowe, il croise
Patrick Swayze et obtient son premier vrai cachet : 3000 dollars.