S’il est un réalisateur qui soit capable de proposer au plus grand nombre, des films à la forme très accessible et aux scénarios plus élaborés que la moyenne, c’est assurément Kevin MacDonald au regard de ses dernières réalisations. Et à dire vrai, il n’y a pas grande surprise à le voir mener l’adaptation de
State of play, l’excellente série britannique en six épisodes qui reçut éloges et récompenses suite à sa diffusion en 2003 au Royaume-Uni avant d’être programmée par chez nous deux ans plus tard. L’occasion semblait donc idéale, au moment où
Jeux de pouvoir va affronter dans les salles Transformers 2 : la revanche, de revenir sur ce projet et les qualités multiples de cet homme de talent.
Trahir et adapter pour mieux s’affirmerReprenant les grandes lignes scénaristiques de la minisérie initiée par Paul Abbott et réalisée par David Yates, l’auteur du film
Le Dernier Roi d'Ecosse signe en effet avec
Jeux de pouvoir une transposition cinématographique appréciable, sans pourtant coller au plus près des enjeux et caractéristiques de cette dernière. Tout passage sur grand-écran d’une série télévisée supposant d’évidents ajustements, notamment en termes de rythme et de durée, notre homme a dû ainsi rebâtir les fondements du récit original à la hauteur des exigences du cinéma hollywoodien. De fait, d’une trame à la richesse et à la complexité manifestes, Kevin MacDonald a évolué vers un récit plus épuré et moins riche en explications et histoires secondaires.
De même, contrainte des studios et des productions internationales oblige, l’ensemble a été littéralement transposé dans un univers exclusivement américain. Point de Londres et de député de la Chambre des Communes, l’élu qui se retrouve au cœur du récit est un prometteur député de la Chambre des Représentants dans une Washington plus propice aux codes et décors du thriller américain. Par ailleurs, les journalistes que campent John Simm et
Kelly MacDonald dans la version originale, sont bien loin de ressembler trait pour trait à leurs confrères d’outre-Atlantique et à la modernité que veut exprimer le cinéaste. Ainsi, le journal qui les emploie n’est plus seulement contraint par des intérêts économiques, mais subit de plein fouet la crise de la presse et le choc que représente Internet dans l’élaboration et la diffusion de l’information.
De fait, retrouve-t-on avec
Jeux de pouvoir l’attention du réalisateur au présent qu’il traverse et plus encore sa volonté d’inscrire son propos dans un cadre autrement plus politique. Certes, le sujet en lui-même – une sombre machination politique sur fond d’affaires de mœurs et de scandale économique - portait déjà en germe les prémisses d’une réflexion sur le pouvoir et l’outrance de sa pratique. Mais force est de constater qu’au contact du réalisateur de
Mon Meilleur ennemi,
State of play s’est affranchi des contraintes de la presse habituellement documentées au cinéma pour les traiter en arrière-plan, avec davantage de sagacité. Le tout s’enrichissant d’une approche relativement critique des pratiques du complexe militaro-industriel américain plus à même de toucher l’Amérique post-Bush que les questionnements sur l’énergie soulevés par la version originale. En somme, révélateur d’un arbitrage entre contraintes du système et expression de thématiques plus personnelles et politiques,
Jeux de pouvoir démontre la faculté d’un certain cinéma américain à laisser encore quelques appréciables marges de liberté. Et plus encore la capacité du cinéaste à se les ménager pour exprimer, comme Ford et Capra avant lui, une certaine vision du monde au travers de ses films.