Par - publié le 25 octobre 2006 à 02h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h14 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie (enfin) en France de l'ultra-violent Ichi The Killer, retour sur son réalisateur japonais culte, le touche-à-tout et provocateur Takashi Miike !

Décrit par lui-même comme un "cancre avec le cul bordé de nouilles", le réalisateur d'Audition a découvert le cinéma en fréquentant l'Academy of Broadcasting and Film de Yokohama et y a rencontré des réalisateurs prestigieux tels que Shoei Imamura, Kazuo Kuroki et Hideo Onchi. A peine diplômé de l'académie, il fait des pieds et des mains pour devenir assistant réalisateur de ceux qui l'ont impressionnés.

Sa première réalisation ? Kyoshu tenshin : Hit and Run, en 1991, dans lequel un flic très attaché à sa famille découvre que son frère cadet est l'avocat d'un bonnet de la mafia chinoise et grâce auquel il se spécialise dans les films d'action à petit budget destinés à la télévision et au marché de la vidéo. Le film qui le révélera sera Les Affranchis de Shinjuku, en 1995, thriller ultra violent et stylisé, truffé d'innovations visuelles, qui pousse l'association japonaise des producteurs de films à le proclamer "grande découverte de l'année". L'oeuvre qui suivra (Graine de Yakuza, 1996) lui permettra de figurer parmi les dix meilleurs de l'année dans le classement du Time Magazine. Une aubaine pour une carrière prévisible et tracée au box-office local, mais Takashi est trop barge pour se laisser avoir par le système et s'oriente de plus en plus vers des oeuvres déviantes et hors des normes.


Progressivement, il devient bête de festival, acteur chez Toshiyuki Mizutani et Eli Roth, cinéaste hype qui suscite admiration extatique des uns, rejet sévère des autres, et continue de déranger en oeuvrant comme un stakhanoviste. Et on a le mauvais goût de l’adorer. Sur la soixantaine de films qu’il a réalisé pour la télévision et le cinéma, seulement sept sont sortis au cinéma en France : Audition, la trilogie Dead or alive, Visitor Q, Gozu et La mort en ligne. Ce n’est pas négligeable puisque ces films présentent à chaque fois une facette différente d’un cinéaste très intéressant dont la folie prend généralement le pas sur les bienséances scénaristiques et formelles. A l'occasion de la sortie en zone 2 d'une de ses oeuvres cultes en version uncut (Ichi the killer), revenons sur les films du cinéaste que vous avez peut-être loupés.


GRAINE DE CULTE
Audition, son chef-d’œuvre, a été un choc lors de sa sortie en 2002 dans l’Hexagone. Objet glacé, à l’érotisme discret, au romantisme saignant qui démarre comme une sitcom à l’eau de rose où un homme tente de faire le deuil de sa femme et organise, sur les conseils de son pote et de son fils, une fausse audition pour trouver une âme sœur. Problème: au fil de scènes étranges ou lapidaires, Miike parsème son récit d’indices, simule l’inertie mais ne fait qu’instiller du trouble dérangeant qui explose lors des quinze dernières minutes, summum de violence froide aux antipodes du prologue calme et faussement serein. Une gradation horrifique d’une subtilité imparable qui bouleverse les conventions du genre et impressionne durablement par sa force. Oui mais pas seulement, Audition est un film extraordinairement riche dans sa substance : on peut y voir une plongée dans les fantasmes masculins en sus des portraits subtils de deux âmes meurtries avec en filigrane une réflexion très pertinente sur la relation manipulatrice, devenue tordue entre les hommes et les femmes. C’est l’une des plus belles histoires d’amour que le cinéma nous ait offert récemment.


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