Non seulement Brynner révèlera sur le plateau un comportement intolérable, refusant de suivre les indications du cinéaste légendaire, et se permettant même de lui « donner des leçons », mais de l’avis de King Vidor, son jeu n’atteindra pas le centième de la prestation hors du commun que lui avait livré Tyrone Power. La version finale de
Salomon et la reine de Saba ne se distingue en presque rien de quantité de péplums rigides qui inondèrent les écrans à la fin des années 50, indigne de la carrière en tous points exceptionnelles de son réalisateur.
L’Homme qui n’a pas d’étoileDans les mois qui suivent cette triste expérience, King Vidor accumule les projets. Il envisage de consacrer un film à la fondatrice du scientisme,
Life of Mary Baker Eddy. Il imagine une fable intitulée
Revolt of the Children dans laquelle des enfants de 12 à 14 ans se coalisent contre leurs parents. Il propose, sans succès, à Sam Goldwyn Jr trois scénarios différents de
Mr and Mrs Bojo Jones, suite déclarée de
La Foule. Il espère monter une version moderne du
Faune de marbre de Nathaniel Hawthorne, puis une biographie imaginaire du créateur de Don Quichotte titrée
A Man called Cervantes (qui, comme tous les Don Quichotte imaginés par des cinéastes, restera lettre morte), et enfin il travaillera presque dix ans sur un projet qui porte le titre de son tout premier film :
The Turn in the Road.
Mais après soixante-trois ans passés à filmer (un record), le maître est fatigué par cette succession de combats. Peintre amateur depuis l’époque du
Grand passage, il décide de se replier sur sa palette et ses toiles. Ayant fait l’acquisition d’une caméra 16mm, il retourne néanmoins à ses premières amours et réalise en toute liberté le court métrage expérimental
Truth and Illusion.
L’heure est au bilan. Le voilà dorénavant sollicité à travers les Etats-Unis ou l’Europe par les Cinémathèques, les festivals et les écoles de cinéma. Jamais récompensé par l’Académie, il reçoit en 1979 un Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Ayant, depuis ses débuts, été intrigué par le meurtre du réalisateur de films muets William Taylor, il publie le roman-enquête
The Murder of William Desmond Taylor, et livre enfin en 1980
The Metaphor, court documentaire sur la peinture, conçu en collaboration avec l’artiste Andrew Wyeth.
King Vidor s’éteint le 1er novembre 1982 à l’âge de 88 ans.
La GarceIl assista à la naissance du Cinématographe, fut un des premiers projectionnistes, un des premiers caméramen reporters. Il contribua à l’édification de ce qui allait devenir Hollywood, aida le Cinéma à comprendre son ambition et tendre véritablement vers le 7ème Art. Il fut parmi les premiers à maîtriser le parlant puis le technicolor et transforma ces « gadgets » technologiques en de vrais outils de création cinématographique. Ses plus grandes réussites ont inspiré des cinéastes aussi légendaires que John Ford ou Orson Welles. Martin Scorsese a véritablement été initié au Cinéma lorsqu’il découvrit
Duel au Soleil. Steven Spielberg a magnifiquement continué le combat entamé sur
Hallelujah avec sa
Couleur Pourpre traversée de cadres et de chorégraphies purement « vidoriennes ». Spike Lee a trouvé matière à se réinventer à travers
Street Scene. Des personnalités aussi diverses que Jerry Lewis, Bertrand Tavernier ou Nestor Almendros ont chanté ses louanges. Et plus important que tout, une majorité de ses réalisations gardent aujourd’hui encore un impact et une fraîcheur que l’artiste même n’aurait sans doute pas imaginé.
On appelle cela l’empreinte d’un géant.
Rafik DjoumiProjections(La Cinémathèque française - 51, rue de Bercy - 75012 PARIS – M° Bercy)
Guerre et Paix - Dimanche 25 Février 2007 - 14h45
Truth and Illusion / The Metaphor - Mercredi 28 Février 2007 - 17h00
La Furie du désir - Vendredi 2 Mars 2007 - 19h00
King Vidor et les pionniers d'Hollywood (de Pierre Grenier) - Samedi 3 Mars 2007 - 14h30
H.M. Pulham Esquire - Jeudi 8 Mars 2007 - 21h30
Le Rebelle - Samedi 10 Mars 2007 - 21h30
Romance américaine - Dimanche 11 Mars 2007 - 17h15
Programme de la Cinémathèque