« J’ai failli ne pas la prendre car c’est l’une des rares à laquelle on ait pensé en écrivant le scénario avec Julien. Je n’aime pas forcément le faire d’ailleurs, car j’aime bien me laisser une certaine part de surprise, notamment vis à vis des acteurs, j’aime que tout ne soit pas trop attendu, en somme, elle ne pouvait pas s’imposer alors. Je trouve souvent que penser à un acteur pendant l’écriture, c’est aller vers la facilité. Mais comme elle était trop évidente, on a eu beau chercher ailleurs, on ne trouvait pas mieux. On est donc revenu sur notre idée et on s’est rencontrés. C’est difficile d’incarner ce personnage d’autant plus que dans notre volonté d’inscrire Largo dans la modernité, on s’était dit que ce serait bien que ce soit une femme. Après il fallait trouver une actrice qui ait le charisme suffisant pour rendre crédible qu’elle soit quasiment à la tête du groupe. Mais aussi, une femme qui transpire l’intelligence pour que l’action de base puisse être crédible et qu’on croit qu’elle l’ait pleinement pensée. Christine a cela en elle, en dehors de ses évidentes qualités d’actrice. Du coup, ce n’était vraiment pas facile de trouver quelqu’un d’autre qui réussisse à rassembler tout cela. Et je crois en plus que cela l’amusait beaucoup d’avoir un second rôle dans un film comme celui-ci, sans pression et de retourner à Hong-Kong où elle a vécu plus jeune. J’aime d’autant plus le personnage qu’elle joue parce qu’il est à l’image de ce que disait Hitchcock : il est le héros de sa propre histoire. Que ce soit le bon ou le méchant, l’histoire doit en effet pouvoir se retourner et avec Christine, on aurait pu tout à fait tourner le film de son point de vue. On ferait de Largo un personnage dont il faut se méfier et cela fonctionnerait parce qu’on sait pourquoi elle procède ainsi. Elle a aimé sincèrement Nério, elle pense que continuer à faire prospérer le groupe, c’est son devoir…» Jérôme SalleUn regard vous retient, à l'ouverture de ce trombinoscope, celui de Kristin Scott Thomas à l'affiche de Largo Winch – le film (sorti le 17 Décembre) de
Jérôme Salle (notre co-rédacteur en chef cette semaine). Elle est de ces beautés qui impressionnent et qui intimident, de ces comédiennes qui ont abordé beaucoup d'univers dans beaucoup de contrées avec une versatilité remarquable. Elle peut être perçue comme une incarnation de l'élégance classique (dans
Richard III,
Il suffit d'une nuit), capable d'une gravité déchirante (dans
Il y a longtemps que je t'aime), être une héroïne romanesque et tragique (dans
le Patient anglais) ou une femme audacieuse et insoumise (dans Un été inoubliable), avec toujours cette discrète fantaisie qu'elle a exprimée à l'occasion (même dans la noirceur de
Ne le dis à personne, dans
Gosford Park ou dans
Quatre mariages et un enterrement).