L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Aujourd'hui la parole est à Mérovingien qui nous fait partager son opinion sur
Akira .
En France, à la fin des années 80, l’animation était au niveau le plus déprimant. Disney était sur son déclin (avant son sursaut accompagnant
la Petite Sirène) et le monde de l’animation japonaise était conspué par les parents qui ne supportaient pas les
DBZ et
Goldorak (Miyazaki était encore un inconnu dan nos contrées). Puis vint le film qui allait tout changer. Un classique du film d’animation qui ferait date à jamais dans le monde du cinéma. Une bombe détruisant tout sur son passage : les préjugés sur l’animation nippone, les codes de l’animation traditionnelle (visuellement, le film pète plus haut que la quasi-totalité de films animés) et surtout, un majeur tendu face à la niaiserie de Disney et à aux productions familiales.
AKIRA était né et le premier grand pas dans le monde de l’animation adulte aussi.

Le film est si dense qu’on peine bien à décider par quel bout le prendre.
Résumer le scénario ? D’accord mais vite alors, parce qu’il est trop dense en ramifications pour refléter la richesse de l’œuvre. En gros, 30 ans après la troisième Guerre Mondiale qui rasa Tokyo à coup de bombe nucléaire, les scientifiques et les politiques continuent de se disputer une expérience étrange portant le nom d’Akira. Un projet (bien plus qu’un projet
d’ailleurs) auquel va se retrouver mêlé Tetsuo en manquant de renverser un enfant étrange. Suite à cette rencontre, Testuo sera emmené par l’Armée sans que ses amis, et en particulier Kaneda, ne puisse l’aider. Ajoutez à ça un Neo-Tokyo bâti sur les ruines de l’ancienne ville, une ville en proie à des attentats et au bord de l’explosion et des sous intrigues multiples (guerres des gangs, ébauches de romance) et vous aurez vite une idée du gigantisme de l’œuvre.
Une immense galerie de personnages donc qui permettent au décor futuriste d’exister comme rarement un décor de cinéma l’aura été. Le Neo-Tokyo vit littéralement, les lumières des gratte-ciels conférant une puissante aura et un gigantisme inouïe et les lieux de l’action s’avérant terriblement variés (écoles, bars, autoroutes, centre commerciaux).

Dans cette immense ruche va donc se jouer une intrigue complexe qui est loin de s’adresser aux plus jeunes, tant on est loin de la mythologie de
Dragon Ball Z ou encore d’un
Astro Boy. Certes, on trouve bien des scènes d’action dantesques (mais alors vraiment vraiment dantesques) avec courses poursuites en moto et combats homériques à base de pouvoirs psychiques. Mais au-delà du spectacle aux proportions effarantes se lit en filigrane le tableau d’une société malade d’elle-même. Dans
Akira, les bars offrant des amphétamines sont des preuves de la déchéance d’une société se réfugiant dans la drogue pour noyer son mal de vivre. Un mal de vivre lié à un monde politique peu scrupuleux, enclin à servir ses propres intérêts au détriment du peuple.
Malgré les vestiges d’une 3em Guerre Mondiale meurtrière, le monde politique demeure corrompu et le peuple multiplie les attentats pour se faire entendre, couvant une colère grandissante. Ainsi, la délinquance se multiplie, l’insécurité va grandissante (Otomo mettant en scène des affrontements barbares et souvent sanglants). Certains groupes se manifestent en tentant une révolution (que le gouvernement semble ignorer) tandis que d’autres trouvent refuge dans une hypothétique religion annonçant la venue d’un Sauveur du nom d’Akira qui viendra apporter l’illumination du monde et le régénérer, le purifier. Une illumination cosmique presque.