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L'avis Du Jour : Brice De Nice [page 1]

Par Dimbra - publié le 28 novembre 2005 à 02h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h40 - 0 commentaire(s)
L'Avis du Jour met en avant quotidiennement l'opinion rédigée et argumentée de l'un des membres du forum de dvdrama. Dimbra décide de revenir sur l'un des phénomènes de l'année 2005 au cinéma, Brice de Nice.

Si l’on dit Brice de Nice, à quoi pense-t-on ? Dans tous les cas on voit Jean Dujardin déguisé avec cette perruque blonde et ce tee-shirt jaune uniques, mimant à merveille l’adolescent décérébré dans toute sa splendeur. Après il y a deux catégories de personnes ; catégorie 1 : celles qui sont dirons-nous fun et bigarrées rencontrent là un personnage drôle et inimitable ; catégorie 2 : à l’opposé, celles qui demandent à une comédie un minimum de finesse n’y voient que le summum de la platitude. Pour tous les profanes à l’art de la Brice attitude, il est encore possible, voire aisé de comprendre les deux points de vue... Cela l’est nettement moins une fois la découverte faite. C’est ainsi qu’un film qui n’est, on l’accordera, pas bien intellectuel, arrive à supporter un nombre insoupçonnable de polémiques et plus de quatre millions de sièges. C’est ainsi qu’on ne compte plus les personnes qui commencent ou arrêtent de porter du jaune. C’est ainsi que des millions de parents s’apitoient de ce qui devient une quasi obsession chez leur chère progéniture. C’est ainsi aussi que tout le monde passe à côté de ce qu’est le film : une hilarante (ou pas) satire de la bourgeoisie actuelle. Inutile de mentir, Dujardin n’a jamais prétendu tailler son personnage dans la dentelle. Aucune subtilité dans l’humour, personnages tout à fait excessifs mis en valeurs par des plans caricaturaux, couleurs lobotomisantes, musique qui se charge de griller les quelques neurones restants... Tous ces défauts volontaires peuvent pourtant devenir de très grandes qualités si l’on se prête au jeu idiot proposé. Malheureusement, le film souffre aussi de défauts involontaires qu’on ne peut pallier... Si la première partie, celle de Nice, manie la débilité avec une virtuosité rappelant les meilleurs moments de la Cité de la Peur, la baisse de régime qui s’ensuit est indéniable. Il y a toujours de quoi rire pour la catégorie 1, mais la 2 y trouvera ses arguments car la répartition des vannes légendaires aurait pu être beaucoup plus judicieuse. En gros, on vous sert des scènes cultissimes avec le triptyque restaurant/banque/hôpital, on pleure presque, les mâchoires ont mal ; mais elles vont ensuite avoir une demi heure pour se reposer car ce ne sont plus que des sourires qu’on nous arrache. Il serait tout aussi inutile d’essayer de nier l’ennui que procure l’archi convenue morale sur l’acceptation des différences, aspect négatif toutefois mineur car assez discret pour qu’on n’en fasse pas trop cas. Mais le principal n’est pas là : la plus grosse erreur du film est certainement d’essayer de s’intéresser à d’autres personnages que Brice, car Brice est un véritable connard, c’est pour ça qu’on l’aime (ou pas) et c’est pour lui, lui seul qu’on est venu (ou pas).



Même si Clovis Cornillac ou Elodie Bouchez sont toujours sympathiques à l’écran, chaque seconde qu’ils y prennent est à soustraire à l’énorme composition de Jean Dujardin. Ce véritable caméléon qui arrivait à introduire tant de terreur psychologique en chacun de nous dans le Convoyeur s’immerge ici dans le délire qu’il a créé. Jim Carrey a de quoi rougir, on a trouvé mieux ! D’une énergie incroyable, misant tout sur le style et la surenchère, l’acteur parvient à une réussite totale, irréprochable, à tous les niveaux. Si sa prestation corporelle se rapprochant de la danse semble fortement inspirée des prestations de John Travolta (et n’a d’ailleurs pas énormément à lui envier), le jeu vocal est tout simplement incomparable ! Qui niera l’imagination débordante qu’il faut pour créer un personnage pareil ? Je vois encore des mains se lever... Alors regardons plus précisément ce qu’est Brice. Tout d’abord, Brice est un égocentrique comme vous n’en avez jamais vu. Le seul à relooker sa brosse à dents et ses jouets pour qu’ils lui ressemblent, le seul capable de se prendre pour Dieu avec des fringues pareilles, comme sait si bien le mettre en évidence la caméra de James Huth, le seul à marquer dans les toilettes des bars "Brice à fait pipi ici le...", pour les historiens avancera-t-il ! Certes catégorie 2, certes ! C’est très con. En auriez-vous cependant fait autant ?



Mais Brice est aussi cruel. Lors d’un partie de volley « - T’es pas très bonne, toi. – Ouais je sais, je suis nulle ! – Non, je voulais dire que t’as un gros cul ! ». Rabaissant pour la femme ? On ne dira pas le contraire, mais essayez de comprendre que la catégorie 1 trouve cela délicieux ! Pierre Desproges lui-même (dont la subtilité n’est j’espère plus à prouver) se permettait les allusions les plus misogynes (dont une comparaison entre la femme et le cheval qui devrait ravir le groupe 2). Cela était-il à prendre au premier degré ? Cela ne rendait-il pas son personnage plus exécrable et plus cynique ? Brice prend un malin plaisir à "casser" tout de qui bouge. Brice s’adresse directement à vous, et il vous prend pour des nazes. Mais ce qui est drôle est évidemment le fait qu’il soit lui-même naze sans s’en rendre compte et qu’il évolue dans un monde qui ne s’en rend pas compte non plus. En connaissez-vous un autre qui dans sa promo DVD joue sur le fait que si vous voulez le disque, ben faut l’acheter parce qu’on va pas vous l’offrir ? Pour en arriver à ce stade-là, il faut quand même faire très fort.


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