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L'avis Du Jour : Les Indestructibles [page 3]

Par HellJohn - publié le 03 janvier 2005 à 10h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h13 - 0 commentaire(s)


" Les Indestructibles " est une merveille technologique. Ce n'est pas forcément le graphisme, pas vraiment réaliste (les personnages, par exemple, ne sont pas photoréalistes comme dans un Pôle express), qui donne vie à ces personnages, c'est l'animation. Si on a l'impression d'être devant un film live et non devant un pur film d'animation (à ma connaissance, c'est un exploit), c'est justement grâce à cette animation, qui fait bouger tout ça, tous ces éléments (personnages, arbres, feuilles, objets, liquide, machines, etc.). D'ailleurs, " films " et animation " signifient " réalisme " et " fiction ", et c'est exactement ce qu'illustre " Les Indestructibles " : la fiction dans la réalité. Ainsi le mélange d'éléments de la réalité (la famille, la maison et son intérieur) et d'éléments de fiction (super héros, décors de Science-fiction…) fait qu'on entre naturellement dans cet univers, progressivement mais sans que l'on s'en rende vraiment compte. Le côté référentiel de ce film d'animation, très cinématographique, fait que l'on finit par voir Les Indestructibles comme un vrai film, par habitude. Pixar vient encore de jouer avec nos habitudes, notre culture et notre mode de vie, et cela change même notre perception naturelle qu'on a de ce film d'animation. On a tellement vu tout ce dont Pixar se réfère (les films américains) que c'est par habitude que l'on voit en Les Indestructibles un vrai film…


Si Pixar crée la vie à travers des images, c'est l'animation qui la fait avancer, qui la fait évoluer. Jamais l'animation n'avait été aussi fluide dans un dessin animé (si ce n'est peut être dans Steamboy), ni aussi vivante. Les scènes d'action sont alors hallucinantes de rapidité et d'ingéniosité, celles dans la jungle se révélant sans cesse inventives et d'une fulgurance rare, sans oublier d'inclure des références en pleine action, quand ce n'est pas l'action elle-même qui se réfère à un modèle (à ce titre, les scènes d'action dans la jungle rappellent beaucoup les "Star wars", et celles dans la ville au début font clairement référence aux “Batman“ de Burton et aux “ Spiderman “ de Raimi). Mais rarement un film d'animation n'aura atteint une telle perfection que dans ce final éblouissant, dans lequel notre famille affronte un robot indestructible en pleine ville (vous imaginez alors les références qui abondent). Quasiment un quart d'heure époustouflant d'euphorie non stop qui atteint presque la beauté et l'intensité du final à pleurer de Steamboy. Ce dernier étant d'ailleurs le seul concurrent de Les Indestructibles en terme d'animation, ces deux là grillant tous les autres de loin. Même thématiquement, Steamboy rejoint Les Indestructibles puisque lui aussi donne la vedette à des enfants et place une machine géante en pleine ville, et utilise une mise en scène très cinématographique. Ces deux chef d'œuvres d'animation sont aussi un message sur le pouvoir de la technologie qu'il faut maîtriser, autrement c'est la technologie qui nous maîtrise. La maîtrise de la puissance, c'est aussi l'un des thèmes de Le géant de fer, précédent film de Brad Bird clairement influencé par Miyazaki (particulièrement Le château dans le ciel), qui montre l'humanisation d'une machine et son amitié avec un enfant, et ce dans un contexte grave (la guerre froide). L'humanisation étant le boulot habituel de Pixar (humaniser un robot revient à humaniser des jouets ou des super héros, bref, c'est Donner vie), il n'est pas étonnant que Brad Bird ait rejoint Pixar, lui qui semble partager la même vision des choses. La réussite de Les indestructibles lui est entièrement due (il est réalisateur et scénariste). Le réalisateur fait ce film d'animation comme s'il tournait un film. Il y a une vraie mise en scène, dans Les indestructibles. On se demande parfois où est placée la caméra, la mise en scène est même le principal déclencheur de cette impression qu'on a de se croire dans un vrai film. Quant au montage, là aussi, jamais un dessin animé ne l'aura aussi bien utilisé (si ce n'est le film de Otomo), voir à ce titre la scène final et la dernière scène d'action dans la jungle, qui sont d'une lisibilité et d'une cohérence parfaites, malgré la multitude de personnages en action (voir aussi la scène ou Mr. Indestructible se fait piéger par les boulets-ballons, le montage nous donnant vraiment l'impression de subir la même chose que lui), et ce sans jamais perdre le rythme…Au-delà de la perfection visuelle (signalons aussi les éclairages et les multiples effets visuels bluffants), il a la perfection narrative (le montage aidant), source d'émotions et de sensations (l'équilibre entre les deux et parfait). Le film ne manque jamais de ressources et il y a une idée par plan (aussi bien dans le fond que dans la forme). Des idées narratives et visuelles qui jouent souvent sur les références, comme ce génial passage dans lequel on voit les problèmes qu’ont eu des super héros avec leur cape, et dont la fin du méchant (assez violente, quand même) fait echo, ce à quoi on s’attendait franchement.


Si Les indestructibles est le Pixar le plus mature (pas sûr que les enfants accrochent à la première partie), de par son sujet plus ado / adulte (les super héros) comme les références, et par ses thèmes plus complexes (problèmes familiales, difficulté du quotidien, psychologie des personnages, psychologie humaine donc réaliste...) et une action plus violente, il n’en demeure pas moins un film d’animation facile à suivre. En effet, l’histoire, originale et inventive bien qu’elle se réfère à beaucoup d’autres histoires antérieures, reste simple et linéaire, et surtout ludique (surtout dans l’éclatante deuxième partie), de manière à ne pas perdre le jeune public tout en gardant les plus âgés, conquis dès l’intro (il se peut même que les adultes soient plus vite absorbés par le film que les enfants !). Comme les autres Pixar, Les indestructibles et le type, rare, de divertissement qui peut combler absolument n’importe quel public, de n’importe quel âge, de n’importe quelles origines et de n’importe quelle classe sociale (bien que la famiile lillustrée dans le film soit de classe moyenne). Un spectacle sur la famille (la petite morale sur la famille passe sans lourdeur et progressivement, avec subtilité) et pour la famille, grâce à un scénario écrit à la perfection (encore bravo à Brad Bird, qui va enfin être reconnu à sa juste valeur), qui n’oublie jamais à qui il s’adresse...


Voilà donc que Pixar nous pond (encore) un bijou d'animation (un bijou tout court, même) qui tire entièrement parti de son sujet en or. En résulte donc une mine d’or, un film miraculeux sur tous les plans, une future référence (pour un film qui en contient tant, c’est plutôt paradoxal). Pixar, comme à chacun de ses films, dépasse ses propres limites. On a du mal à imaginer que le prochain puisse (doit) être mieux. Nous verront donc si Cars (de john Lasseter, le génie et patron de Pixar) surpassera Les indestructibles, mais en tout cas, c'est d'ores et déjà un film d'animation 100 % Pixar : personnification et humanisation, Pixar va donner vie à des voitures, et à tous les coups, on va encore y croire.

note : 9 / 10

Un mot sur les doublages français, quand même (le film en VO ne passait pas vers chez moi), ils sont particulièrement réussis. Mention à Bruno Salomone dans le rôle de Syndrôme et à Amanda Leer en Edna (elle y est parfaitement à sa place). Les doubleurs semblent bien avoir compris les personnages, et je rassure ceux qui n’ont pas encore vu le film et pour qui le nom des doubleurs français effraie qu’on oublie bien vite qui fait la voix de qui (j’avoue même completement avoir oublié les doubleurs alors que juste avant le film, je venais d’apprendre qui c’étaient. J’ai même pas reconnu Patrick Poivre D’Arvor tellement j’étais absorbé par le film !)...Heureusement, le doubleur attitré de Samuel L. jackson n’a pas été remplacé !
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