Allez hop ! Petit tour d'horizon de la saga.
Ring ouvre la marche.
Ni plus ni moins que le maître étalon du film d’angoisse nippon.
Ring, c’est un succès gigantesque ayant frappé violemment l’archipel nippon. Une histoire de fantôme instantanément culte. Un phénomène incontournable : tout commence par un livre publié au début des années 90 (livre qui connaîtra plusieurs suites), puis un premier film, deux séries télés, diverses copies aux adaptations non officielles et une trilogie officielle. Bref, une déferlante (et après ça, les spectateurs ignorants ont le culot de prendre le remake US pour le film ayant tout inventé.. Déprimant !)
RING d'Hideo Nakata (1998)Le meilleur opus de la saga, c’est sans conteste ce premier
Ring, signé Hideo Nakata. Celui qui rendit ultra populaire l’histoire de Sadako. Une histoire d’ailleurs extrêmement habile, mêlant peurs ancestrales (fantômes, légendes urbaines) avec les supports modernes (téléphone, télé, vidéo). Ou comment une k7 tuerait quiconque la visionnerait au bout de sept jours. Un scénario malin, prenant pour héroïne une journaliste enquêtant sur la mort mystérieuse d’une cousine et finissant par visionner la fameuse vidéo maudite. S’en suit un déroulement narratif en compte à rebours malin pour déjouer les mystères de la vidéo…
Le scénario a beau être excellent, il ne serait pas grand chose sans l’étonnante maîtrise d’Hideo Nakata. Une mise en scène sobre, parvenant à déclencher une terreur incontrôlable en ne présentant pas le moindre meurtre, pas de sang, pas de grosse musique lourdingue. Plutôt une peur suggestive, se déroulant sur un rythme lent. De longs plans séquences dans des décors vides, une musique fantomatique, une ambiance lourde, ancrée dans un Japon en proie avec ses propres démons et légendes… Un refus constant de se soumettre aux effets faciles, préférant la sobriété et un scénario efficace, mêlant thriller et film de trouille. Un cocktail original, expliquant sans doute l’immense succès de l’œuvre. Une rigueur aussi, permettant à certaines scènes de faire monter le trouillomètre très haut (on n'est pas prêt d’oublier le final où Sadako sort littéralement de la télé (Hideo Nakata l'a d’ailleurs filmée à l’envers afin de donner au spectre un aspect saccadé et convulsif).
RING d'Hideo Nakata (1998)Car derrière la façade du film d’épouvante se cache une profondeur inattendue. Une réflexion brillante sur le rapport à l’image, sur la technologie moderne, lorsque l’on contemple l’écran neigeux d’un téléviseur ou des photos floutées renvoyant à la perte de l’âme. Ou lorsque le démon sort de l’écran de télé. Une vision également captivante de la société japonaise, avec ce personnage de femme forte célibataire, plongeant dans le passé sombre d’un pays partagé entre modernité et tradition ancestrale.
Car les fantômes font partie intégrante du pays dans la culture, ce qui permet sans aucun mal de donner une crédibilité à cette histoire tordue de vidéo tueuse. Les jeunes filles évoquent sans détour la vidéo, véritable légende urbaine moderne. Une vidéo, justement sur laquelle repose tout le film et qui, à elle seule, glace le sang. Malgré sa brève durée (une trentaine de secondes), on reste figé par le pouvoir subjectif des images distillées : un cercle renvoyant à une lune ou un puit associé ensuite au regard tueur (l’iris de Sadako devenant un puit sans fond où s’inscrit le mot "Sada"), des gens se tortillant sur une plage, le mot "Irruption" évoquant des chromosomes et habité d’une vie propre, et surtout, l’image pleine de puissance subjective de ce personnage au visage drapé tendant le doigt tandis que l’on ignore s’il se trouve sur terre ou dans l’eau (on ne voit pas ses jambes). Cette seule image, évoquant aussi bien Dieu que la Mort dans un linceul avec un doigt accusateur, permet de saisir toute l’essence de l’œuvre (impossible de ne pas être terrorisé lorsque ce personnage muet apparaît ensuite dans le reflet d’une télé). Bref, la bande vidéo est presque une œuvre à part entière, suscitant réflexion et interrogations (certaines images trouvant une explication par la suite) mais aussi une terreur sourde, insidieuse.
RING d'Hideo Nakata (1998) Ring est donc une œuvre matrice dans le cinéma japonais, croisant légendes et modernité, invitant à une réflexion sur le rapport à l’image, jouant des peurs ancestrales et fermement ancrées dans la culture japonaise (le fantôme aux cheveux noirs, l’eau…). Un film terrifiant et incontournable lançant une mythologie qui deviendra peu à peu confuse mais toujours intrigante. A l’image du dénouement qui, bien que surprenant, soulève de nombreuses interrogations sans vraiment paraître cohérent avec le reste de l’énigme (laquelle n’est finalement pas du tout résolue).
NOTE : 8/10