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L'Homme qui voulait vivre sa vie : les changements d'identité au cinéma

Thème récurrent des oeuvres romanesques, les changements d'identité attirent naturellement de nombreux cinéastes...

Par Julien LOUBIERE - publié le 29 octobre 2010 à 00h00 ,
MAJ le 29 octobre 2010 à 01h45 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie en salles de L'Homme qui voulait vivre sa vie - quatrième long métrage d'Eric Lartigau - adapté du best-seller écrit par Douglas Kennedy en 2005, revenons sur les changements d'identités au cinéma, qui ont sans doute inspiré la métamorphose de Paul Exben (Romain Duris) dans le film. Propices aux changements d'identités, aux rebondissements et aux fantasmes qu'il permet de concrétiser, le cinéma propose - et continuera de le faire - des changements d'identités légendaires, d'Hitchcock à Lynch, en passant par Polanski, la science-fiction et les inévitables super-héros !

Profession photographe :
 
Dans L'homme qui voulait vivre sa vie, Romain Duris envoie au ciel l'amant de sa femme, par accident. Il s'enfuit alors en Hongrie, en usurpant l'identité de sa victime, un photographe (ce qu'il rêvait de devenir). Un pitch qui n'est pas sans rappeler Profession Reporter de Michelangelo Antonioni (1975). En effet, dans celui-ci, le reporter américain David Locke (Jack Nicholson) arrive dans un hôtel africain dans lequel il découvre le cadavre d'un journaliste (David Robertson) aux traits étrangement proches des siens. Il vole son identité, réalisant ainsi un nouveau départ. Il entreprend alors une longue réflexion sur sa véritable personnalité, sa destinée et les buts qu'il poursuit. Nous apprendrons peu à peu que David Locke - magistralement interprété par Jack Nicholson - est un individu en fuite à l'instar de Paul Exben (Romain Duris) dans L'homme qui voulait vivre sa vie.
 

 
Si Paul Exben et David Locke deviennent quelqu'un d'autre suite à un concours de circonstance malheureux, le premier parvient enfin à exercer son talent (de photographe) tandis que le second renonce à tout. Les deux films ont donc néanmoins des visées différentes puisque si David Locke sombrait et disparaissait à petit feu devant la caméra d'Antonioni, Paul Exben renaît dans l'exil (même si l'on ne sait pas véritablement ce qu'il advient de sa cavale dans L'homme qui voulait vivre sa vie).
Chez Michelangelo Antonioni, l'histoire de David Locke fait écho à celle du cinéaste qui vient de réaliser un documentaire pour le gouvernement chinois (La Chine, Chung kuo). Comme lui, son personnage semble abdiquer dans sa quête de vérité. Pour Eric Lartigau, il s'agit d'un nouveau départ dans sa filmographie, il avait réalisé 3 comédies avant L'homme qui voulait vivre sa vie : (Mais qui a tué Pamela Rose ?, Un Ticket pour l'Espace, Prête-moi ta main).

Le double :

Au cinéma, c'est le double qui permet le plus souvent aux cinéastes de questionner l'identité d'un personnage. Dans Sueurs Froides, Alfred Hitchcock nous montrait dans une œuvre vertigineuse mêlant fantastique, film policier et romance, la transformation de Madeleine Elster en Judy Barton - vue à la première personne, par Scottie (James Stewart). Engagé en tant que détective par le mari de Madeleine Elster pour suivre cette dernière, jugée suicidaire. Sujet à des vertiges et tombé en dépression suite à la mort de Madeleine, Scottie voit le fantôme de Madeleine en Judy... Mais Judy a négligé un détail, elle porte le collier de Carlotta Valdès, la grand-mère de Madeleine.

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Ce changement d'identité devenu légendaire a inspiré Brian De Palma pour son Body Double mais aussi David Lynch, hanté par cette problématique dans plusieurs de ses oeuvres : Twin Peaks, Lost Highway, Mulholland Drive, Inland Empire. Dans les 3 derniers, c'est au gré des voyages mentaux que les changements d'identités se produisent : Fred Madison depuis sa cellule dans Lost Highway imagine que Renee Madison (sa femme qu'il a tué) est Alice Wakefield
, Diane Selwyn (Naomi Watts) rêve qu'elle est la talentueuse actrice Betty Helms dans Mulholland Drive. Le film contient même de nombreuses références à Sueurs Froides car Rita (Laura Elena Harring) revêt un perruque blonde évoquant Madeleine le personnage interprété par Kim Novak dans Sueurs Froides d'Alfred Hitchcock.
On n'oublie pas non plus le changement de sexe de Trelkovsky en Simone Choule dans Le Locataire de Roman Polanski...

Confusion identitaire :


Les super-héros sont les grandes figures modernes du changement d'identité. Marginalisé (Peter Parker/Spider-Man), un peu gauche (Clark Kent/Superman), traumatisé (Bruce Banner/Hulk), animé par une faim de vengeance (Bruce Wayne/Batman, entre autres) les super-héros revêtissent de multiples identités, ce qui en fait des êtres en crise. En particulier, Spider-Man se révèle profondément humain et troublé par ses changements identitaires (dans Spider-Man 2 de Sam Raimi en particulier), au regard de ses responsabilités et de ses pouvoirs. Un questionnement que partage Clark Kent dans Superman. Seuls Les 4 Fantastiques divulguent leur véritable identité tandis que les autres masquent celle-ci pour mieux accomplir leurs desseins une fois qu'ils ont revêtu leur costume de super-héros. A ce moment-là, ils peuvent se consacrer exclusivement à la conquête de leur idéal. Le costume transfigure celui qui le porte qui se perçoit alors hors d'atteinte, portant l'espoir d'un ordre nouveau, d'un contre-pouvoir.

 

 

Le cinéma de science-fiction a également exploré cette thématique à plusieurs reprises. En pleine crise identitaire les personnages de Douglas Quaid dans Total Recall, de Dom Cobb (Inception) ou de Néo (Matrix) partagent les mêmes difficultés à dissocier rêve et réalité. Le dédoublement est suggéré par des jeux de miroirs ou les écrans, est rendu possible par la captivité propice à l'évasion mentale, et le spectateur partage avec les personnages de fiction les mêmes interrogations : il se demande où s'arrête le réel et où commence le simulacre ? Rappelons aussi que dans Ghost in the Shell de Mamoru Oshii - adapté du manga de Masamune Shirow - la frontière entre réel et virtuel est floue et que les êtres peuvent transférer leur ghost (l'âme) d'un corps artificiel à un autre.


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