Par Flavien Poncet - publié le 29 juillet 2008 à 13h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h48 - 0 commentaire(s)
Wall-E prend pour héros un modeste robot condamné ad vitam aeternam au bagne de la servitude. Seul sur Terre, le robot devient le centre d’un univers, le point de gravitation d’une intrigue qui ne tourne qu’autour de lui, jusqu’à ce que l’histoire se développe. Cette hégémonie de la machine sur l’homme, de plus en plus revendiquée par Pixar au fil de ses productions, convie le spectateur attentif à revenir sur la place que l’humain occupe dans ces films. Interroger l’emploi de l’humain chez Pixar nécessite avant cela de questionner sa place chez Disney. La filiation des deux firmes d’animation est telle qu’il est déterminant de revenir sur l’une pour mieux voir l’homme ainsi que le perçoit l’autre. Aux silhouettes rondes des humains dans Blanche-Neige et les sept nains (1937) se sont substituées les courbes naïves des animaux de la forêt (Bambi [1942]) ou de la jungle (Le livre de la jungle [1967]). Parfois même l’être-matière chérit d’être un homme (Pinocchio [1940]). Bien souvent, la présence humaine est absente des films d’animation Disney, renvoyée aux films en prises de vue réelle (Mary Poppins [1964] ou L’apprentie sorcière [1971] par exemple). Disney emprunte à la forme de l’animal la tendresse générale que lui attribue l’opinion commune. Le studio d’animation a ainsi posé les bases du protagoniste anthropomorphe pourvu d’une allure animale ou d’être hybride (cf. La petite sirène [1989]). Lorsque Pixar arriva en trombe avec Toy Story (1995), l’humain fût reconsidéré comme un objet de jalousie (Andy) ou bien le tyran d’une communauté (Sid). L’articulation qui noue la prise de pouvoir de Pixar sur Disney fait passer l’humain du rang de modèle à celui d’objet.

De cet héritage naît une reformulation de la place de l’humain. Au cas par cas, long-métrage par long-métrage, il faut apercevoir l’évolution à laquelle a été soumis l’être humain au fil des films Pixar pour mieux appréhender sa quasi-absence dans Wall-E.

TOY STORY (1995) de John Lasseter
Scénario de Joss Whedon, Andrew Stanton, Joel Cohen, Alec Sokolow
Produit par Bonnie Arnold et Ralph Guggenheim
Musique de Randy Newman



Dès l’explosion de Pixar dans le milieu de l’animation, l’objet est d’ores et déjà un protagoniste phare et adopte les comportements de l’humain pour mieux le reléguer au statut d’outil. Inversement des ordres : l’objet devient homme et l’homme devient objet. Ratatouille (2007), où un rat surmonte un homme pour mieux le commander, formule au mieux ce que Toy Story esquisse déjà : la domination de l’être fantastique/numérique sur l’humain organique. Les humains de Toy Story n’en sont pas encore à cette subordination. Êtres géants représentant tantôt le bien tantôt le mal, Andy et Sid, deux enfants voisins, incarnent des dieux bienveillants qui dominent par leurs actions la vie de petits jouets. Cette tendance où l’humain domine l’objet se verra, au fil des films Pixar, inversée par un long processus de déshumanisation des apparences. Ce premier long-métrage présage déjà cela puisque malgré tout, les jouets du film, bien que soumis aux caprices des humains, réussissent à les déjouer et à se débrouiller de leur propre chef.
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