Par La Rédaction - publié le 17 avril 2008 à 10h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h18 - 0 commentaire(s)
APOCALYPSE NOW REDUX
Lorsque Francis Ford Coppola proposa un nouveau montage de son oeuvre maitresse, plusieurs pistes s'offraient à nous. On songeait au longs monologues de Brando qu'il a souvent évoqués comme brillants. Pourtant Kurtz n'est pas beaucoup plus développé que dans la version originale. Le point d'orgue de cette version (en plus d'un moment avec les « bunny » filmé sous le déluge), est un épisode dans une colonie française, totalement coupé de la première version et qui manquait d'ailleurs beaucoup au film, lui ajoutant une nouvelle dimension. Le vaisseau presque fantôme fait donc escale dans une plantation française, pour enterrer un des leurs. Coppola en profite pour exposer la mentalité des officiers français, leur attachement farouche à cette terre d'Indochine à laquelle ils croyaient avoir droit pour toujours. Lors d'un diner fastueux et assez fiévreux, presque dostoïevskien, les américains légèrement éberlués découvrent ces êtres étranges, prêts à lutter à mort, avec la force et le désespoir de ceux qui disparaissent en s'accrochant à leur « monde d'hier ». On ressent la colère, les nerfs à vif, la fureur et le désarroi prêts à exploser dans un contexte qu'ils ne contrôlent ni ne comprennent plus. Cela apporte une nouvelle nuance à l'apocalypse, plus ancrée dans un contexte historique, mais paradoxalement, cela semble être également un cauchemar, tant ces gens vivent dans leur splendeur volatilisée, avec idées furieuses et déplacées, presque dérisoires. Ne restent que le désarroi et la rencontre étrange, sensuelle et opiacée avec Aurore Clément, jeune femme mystérieuse qui ensorcèle le capitaine Willard. On sent également dans les conversations les problèmes idéologiques qui secouaient la France de la fin des années 60. C'est une autre apocalypse qui vient s'ajouter à ce que vivent les personnages au Vietnam, le crépuscule troublant et profond d'un vieil ordre du monde. Il est vrai que l'on oublie souvent que la guerre du Vietnam a succédé à la guerre d'Indochine. Si le rappel est nécessaire, il est surtout d'une indéniable beauté, baignant dans une lumière crépusculaire, comme une touche oubliée qui vient enrichir la beauté d'un chef d'oeuvre.


COUP DE TORCHON
L'étrange film de Bertrand Tavernier reprend un roman qui se déroulait dans le sud des Etats unis et le transpose en Afrique (le tournage eut lieu au sud de Dakar). Jean Aurenche, qui connaissait l'atmosphère des colonies transposa dont le polar de Thompson dans ce contexte, lui conférant une ambiance unique, glauque, moite, malsaine comme une canicule. L'oeuvre est unique, rare, déjantée. Les personnages sont tous complètement barrés, poussés à des degrés différents de folie, des « animaux qui se sautent dessus » disait Noiret. L'apparence bonhomme du shérif Cordier, qu'il incarne dans cette bourgade paumée, est trompeuse. Il se sent en fait investi d'une mission quasi divine de justicier et se laisse aller à sa folie meurtrière. Sa femme entretient une relation étrange avec « son frère » lunaire et apparemment simple d'esprit, campé par Eddy Mitchell. Isabelle Huppert est une garce indifférente qui entretient une liaison avec Noiret et Guy Marchand n'a pas son pareil pour dépeindre la sottise et la violence. Ce monde est un microcosme ubuesque, loin des codes habituels, ne subsiste que l'absurdité en ses chaudes contrées où la folie de cette histoire apparaît presque banale, comme le meurtre dans L'Etranger de Camus. La noirceur est totale, étrangement jubilatoire. Cette oeuvre est inclassable en permanence, entre légèreté et démence, dérision et explosion de violence pure..C'est un patchwork de références (du polar Américain à l'Afrique, en passant par Céline), de rapprochements totalement inattendus, parfois même incongrus, poussés dans l'outrance. Tout cela donne un film totalement cohérent même s'il est fondé sur le chaos. C'est une oeuvre énigmatique (on ne sait jamais vraiment quoi penser), imprévisible, à l'audace rare, hors de toute tradition. Le cadre lointain y est pour quelque chose...

Dossier rédigé par Rafik Djoumi, David A., Kevin Dutot, David Brami, Jean-Baptiste Guégan, Nicolas Houguet.
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