Malgré son schéma classique,
Haute Tension, opus méchant et sanglant, avait représenté la possibilité d’une nouvelle brèche dans un cinéma franco-français coincé dans ses velléités auteurisantes. Depuis quelques semaines, les nouvelles et les projets ne cessent de tomber pour le jeune cinéaste. La bande-annonce de son nouveau long-métrage
La colline a des yeux, remake du chef-d’œuvre horrifique de Wes Craven, est désormais disponible.
On ne sait pas pourquoi mais il manque quelque chose à Alexandre Aja pour qu’on puisse désormais le considérer comme un cinéaste à part entière, avec un vrai univers, un vrai style, une vraie folie. Mais, du haut de ses 27 ans, le bougre a suffisamment de temps pour faire ses preuves. Au moins, il peut se fendre d’avoir signé un film qui a agréablement secoué les conventions filmiques hexagonales :
Haute tension.
Un film d’horreur, oui, avec des éviscérations, des tripes, un soupçon de perversité, un tueur en série méchamment burné, des rebondissements tarabiscotés et des demoiselles à peine sorties de l’adolescence qui aiment à hurler. Un film gore, ce qui relève dans le PCF (paysage cinématographique français) d’une authentique gageure. Aux Etats-Unis, c’est Hershell Gordon Lewis a inventé le gore dans les années 60 avec deux films conséquents :
Blood Feast et
2000 Maniacs. En France, on n’a pas connu le même essor malgré un essai honorable avec le
Baby Blood d’Alain Robak en 1989 dont l’absence de prétention forçait la mansuétude. Depuis, plus rien.
Afin de rendre hommage aux
slasher movies qui ont hanté son adolescence, Alexandre Aja s’était alors mis dans en tête de réaliser un film puissant et efficace afin de secouer les conventions mornes d’un cinéma français claquemuré dans ses obsessions narcissiques et pauvre en terme de mise en scène. A l’époque, Alexandre Aja n’a que vingt-quatre ans, beaucoup d’idées en tête et déjà un premier long-métrage à son actif (
Furia), déclinaison très ambitieuse sur le thème de la dictature qui malgré la présence de Marion Cotillard n’échappait ni aux lourdes ambitions ni à la prétention démesurée, encore moins à la tambouille esthétisante et déplacée. Erreur de jeunesse d’autant plus pardonnable qu’elle a été réalisée à 20 piges.
Haute tension, son second, valait bien mieux à tous points de vue et rassurait les sceptiques.