L'HOMMAGE AUX « ANCIENS » ET LE RETOUR A UN STYLE TRADITIONNELPar la suite, la carrière du cinéaste s'assombrit. Après un rapide détour par la case « Aventure » (
Les Spécialistes),
Patrice Leconte se laisse embarquer par les sirènes de l'émotion et du drame. Il s'ouvre littéralement avec
Tandem,
Monsieur Hire et enfin
Le mari de la coiffeuse. Il faudra alors attendre l'année 1993 pour revoir le cinéaste s'atteler à une nouvelle comédie. Ce sera
Tango. Moins personnel, mais nettement plus délirant, le film tend à rendre ouvertement hommage au cinéma de
Bertrand Blier, par l'absurdité de son sujet, ses situations, et ses dialogues. Ainsi, nous y voyons Richard Bohringer pêcher sans le moindre fil au bout de sa ligne,
Thierry Lhermitte dans le rôle d'un assassin fou amoureux, et un Philippe Noiret incarnant la misogynie avec une classe des plus délectables. Les délires se poursuivent trois ans plus tard, en 1996, où Leconte réunit une affiche de choc, propice à de nombreuses folies,
Jean-Pierre Marielle,
Jean Rochefort, et l'infatigable Noiret, le tout aux côtés de
Michel Blanc et de la pétillante Catherine Jacob. Ici, le cinéaste s'inspire des grandes comédies populaires françaises des années 60/70, où gamineries et bons mots fusent sans le moindre répit. Il continue donc dans un esprit « bande », toujours réduite. Le film connait cependant un échec retentissant en salles.
Leconte ne se laisse pas abattre, et sa nostalgie du
« bon vieux temps » l'amène à concrétiser le rêve de tous : celui de réunir à nouveau sur grand écran deux légendes du Septième Art,
Alain Delon et
Jean-Paul Belmondo. Le film s'intitule
Une chance sur deux, produit par le regretté Christian Fechner. Désormais, on ne peut s'empêcher de penser à Francis Veber, puisque le script rappelle étrangement celui du film
Les compères, avec
Pierre Richard et
Gérard Depardieu. Il est en effet question de deux hommes détenant la même probabilité d'être le père d'une jeune fille, ici interprétée par
Vanessa Paradis. En revanche, le spectacle n'a strictement rien à voir. Dans
Une chance sur deux, on croise de nombreux terroristes et des flics ripoux. Nos héros, pour s'en sortir, n'auront donc d'autre choix que de répondre eux-mêmes par la violence. Ainsi, bastons, explosions et rafales de balles s'enchaînent à un rythme effréné. Influencé en grande partie par le cinéma d'action américain, Leconte reste avant tout dans le registre de la comédie, néanmoins agrémenté d'une pointe d'émotion, puisqu'il offre de nombreux clins d'oeil aux plus grands films des deux stars. Mais une fois de plus, le public manque ce rendez-vous pourtant historique, de bonne qualité et finalement très divertissant. Déception donc pour le cinéaste qui s'en retourne encore une fois vers le drame. Quelques chefs-d'oeuvre plus tard, tels que
La fille sur le pont ou
L'homme du train dont le remake est actuellement en cours, Leconte ne peut s'empêcher de revenir à ce qu'il semble aimer le plus, la comédie. Sans prendre la moindre pause, il se lance dans le tournage de
Mon meilleur ami avant même que
Les Bronzés 3 ne sorte dans les salles. Il faut battre le fer tant qu'il est chaud. Hélas, cette précipitation le conduit à mettre en scène l'un de ses films les plus anecdotiques, amusant, certes, mais qui ne laisse pas de grands souvenirs par la suite. On retiendra simplement la confrontation inédite entre
Daniel Auteuil et Dany Boon, sans oublier le développement d'un thème décidemment cher au cinéaste, celui de l'amitié.
Heureusement, avec
La guerre des miss, son dernier long-métrage,
Patrice Leconte réalise une oeuvre aussi drôle que touchante, tout en y apportant un style très personnel. Sa passion pour la comédie le conduit d'ailleurs à se faire engager en tant qu'acteur dans certains films. On le retrouve ainsi au casting de
L'An 01, de Jacques Doillon,
Pinot Simple Flic, première mise en scène de son complice Gérard Jugnot et plus récemment de
Mes Stars et Moi, de Laetitia Colombani. Il y interprète son propre rôle ou presque, le nom de son personnage étant Patrice Leduc. Amusant, et prometteur... Sa reconversion aurait-elle déjà commencé ?