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La Crise Economique Au Cinema [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 09 mars 2009 à 08h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h39 - 0 commentaire(s)
Alors que le tout puissant Marché connaît une crise financière sans précédent depuis le fameux krach boursier de 1929, et dans une moindre mesure celui de 1987, tentons d'analyser ces problématiques économiques par le prisme de notre bien-aimé septième art. Ce dossier en deux parties s'y attèle, en observant dans le premier volume la façon dont le cinéma évoque ces problèmes, en citant certains films importants. La seconde partie révèlera quant à elle les effets potentiels d'une telle crise sur la production cinématographique.



En nos temps troublés où l'économie s'effondre et dévoile sa vulnérabilité lorsqu'elle semblait immuable, quelques images reviennent en tête. On revoit les salles de marché survoltées, les bourses en chute libre, les intrigues qui s'y jouent. Les golden boys arrogants et sûrs d'eux ont soudain du plomb dans l'aile. Le colosse vacille sur ses pieds d'argile et l'effervescence paniquée des médias accompagne sa chute, on surveille le pouls de Wall Street, on tente des remèdes pour endiguer le mal. Mais on connaît cette insécurité depuis très longtemps au cinéma, elle a même servi régulièrement de motif depuis la crise de 1929. New York et son quartier d'affaires ont bien souvent servi de cadre, constituant presque une mythologie autour d'un capitalisme parfois triomphant, souvent inhumain.

La première image qui vient en tête est celle de Chaplin dans les Temps modernes en 1936. Au coeur du système, Charlot le vagabond devient fou à force du travail répétitif qu'on lui impose et se perd dans les rouages de la grande machine. Il connaît la crise, le chômage et la contestation. On sait déjà que le paradis n'est pas réservé à tout le monde. Charlot est déjà victime d'un système absurde qui niait l'humanité et qu'il fallait faire tourner à tous prix. Plus spectaculaire encore, Les Raisins de la colère de John Ford adaptés de Steinbeck, raconte le destin d'une famille de fermiers, jetée sur les routes après que les banques ait racheté leurs terres. Ces deux films dépeignent avec force les sombres années 30 où la crise économique a brisé des vies, le vieux camion de Tom Joad et sa famille, chargé de tout ce qui leur reste, demeure une image extrêmement forte. Avec le chef d'oeuvre de John Ford, en 1940, Henry Fonda devenait une icône, symbole de l'homme qui se débat au milieu d'un système et d'une économie devenue folle et absurde, lorsque la faillite des banques entraîne la ruine et la détresse des petites gens (on ne peut y songer en ce moment sans y voir une prémonition assez noire). Cette crise sociale majeure a engendré le désastre que l'on sait, la détresse a mené à la Seconde guerre mondiale et a favorisé les extrémismes (le fascisme ou le communisme qui sont toujours florissants quand le désarroi et le désordre règnent).



Un peu plus tard, dans La Fièvre dans le sang, Elia Kazan place stratégiquement son intrigue juste avant le Krach de 1929. Aux troubles sensuels éprouvés par Natalie Wood pour Warren Beatty va faire écho le bouleversement total de la société dans laquelle ils vivent. Il est sportif et fils préféré d'un milliardaire qui a gagné sa fortune en boursicotant. Ses parents à elle ont également placé toutes leurs économies en bourse. Mais son père, un épicier méfiant, va se défier de l'euphorie de Wall Street et sauver ses économies, tandis que le grand notable perdra tout et finira par se défenestrer à New York, issue que choisirent bien des hommes d'affaires ruinés au moment du fameux Jeudi Noir (le 24 octobre 1929). Ayant soutenu activement la politique de Roosevelt dans les années 30, Kazan évoquera également la crise dans le Fleuve sauvage, où Montgomery Clift est chargé de construire un barrage pour endiguer les crues et de vaincre l'opposition de la population. Elle servait également de contexte dans A l'Est d'Eden (également adapté de Steinbeck), où James Dean, voyant la guerre approcher, se lançait dans la culture de haricots pour offrir l'argent à son père.


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