PsychéA la lumière de cette lecture, on s’étonnera moins du fait que le film de maison hantée perde beaucoup de son pouvoir d’effroi lorsqu’on y adjoint un homme au rôle trop actif (Abandonné,
Amityville etc.). Lorsque le genre met en scène un groupe ou une famille, il n’est pas rare que les figures féminines deviennent prioritaires aux yeux du spectateur. Ainsi, dans
Poltergeist, nous suivons les péripéties de quelques hommes mais c’est bien le rapport entre la mère de famille et sa fille qui constitue le nœud de l’œuvre. La séquence la plus marquée, au plan émotionnel, est celle où la mère s’aventure dans la lumière blanche, à la recherche de sa fille perdue dans les limbes, avant de la ramener dans le monde « incarné » à travers une scène explicite de renaissance, une forme de nouvel accouchement (pour info, cette séquence nous a été gracieusement léguée par les grecs de l’antiquité, à travers leur mythe de Demeter et Persephone, qu’on retrouve aussi partiellement dans un film tel que
The Descent). A vrai dire, l’archétype féminin est à ce point associé à ces mystères de l’esprit que même Polanski, lorsqu’il conclue son film
Le Locataire, juge bon d’habiller son héros masculin avec une robe de femme. Ainsi, plus près de nous, de
Fragile à
The Grudge en passant par la série des Cercle, la leçon semble avoir été entendue, et rares sont les réalisateurs ou scénaristes qui oseront s’éloigner de ce principe féminin lorsqu’il s’agit d’illustrer cette guerre éternelle de l’esprit envers lui-même. Nos amis les grecs nous avaient clairement annoncé la chose : Psyché a le visage d’une femme.
RelectureFaisons les comptes et simplifions les concepts : héroïne = projection du Moi ; Maison hantée = Esprit ; Porte fermée ou bloquée = refoulement d’une pulsion dans l’inconscient ; Cave = Pourrissement de ce qui a été refoulé ; Personnages secondaires (homme, enfant, vieil homme, vieille femme) = Parties de l’Etre contre lesquelles le Moi lutte. Fin pessimiste ou macabre = harmonie de l’Esprit.
Vous voici à peu près armés pour une relecture psychanalytique de
L’Orphelinat.
Quelques lectures pour aller plus loin :Femmes qui courent avec les loups (Clarissa Pinkola Estés)
Dialectique du moi et de l'inconscient (Carl Gustav Jung)
L’inquiétante étrangeté (Sigmund Freud)
La Femme dans les contes de fées (Marie-Louise von Franz)