Chaque mois, cette rubrique revisitera quelques grandes références du septième art qui n'ont rien perdu de leur force et dont on redécouvre les grandes émotions à chaque fois qu'on les voit. Ils sont des chocs inoubliables qui ont alimenté notre passion cinéphile... De ces films dont il est toujours bon de parler pour souligner leur richesse, comme une bonne conversation où les passions s'échangent... en espérant partager avec vous l'envie de les revoir.
En 1955, Charles Laughton, immense acteur (le capitaine Bligh dans la
Les Révoltés du Bounty de Frank Lloyd aux côtés de Clark Gable), livrait au cinéma son unique réalisation (officielle) et un chef d'oeuvre absolu,
La Nuit du chasseur. Il connut à sa sortie un échec si retentissant qu'il n'en réalisa pas d'autres. Ce film a récolté depuis des louanges absolument dithyrambiques -et justifiées-.
Il s'agit tout simplement du plus beau film jamais réalisé sur l'enfance. La réalité y est transfigurée dans une ambiance de conte cauchemardesque. On a ces images gravées en nous, tout simplement inoubliables : les deux enfants fuyant dans la nuit portés par le courant de la rivière sur leur petite barque, les animaux sur les rives, l'ombre du prêcheur monstrueuse sur les murs de leur chambre. La voix grave et lugubre de Mitchum fredonnant un cantique en forme de sinistre berceuse qui pèse comme une menace sur la vie de ces enfants, les tatouages « Love » et « Hate » sur les phalanges de ses mains. Tout est ici légendaire, encore incroyablement efficace et terrifiant.
Tout commence par une nuit étoilée et des visages en surimpression, ceux de la sécurité de la fin du film, celui de la vieille dame qui les prend sous sa protection. Le sombre conte commence, il gardera toujours un accent irréel et onirique. On enchaine ensuite sur l'épisode fondateur: Ben Harper cache le butin de son hold-up dans la poupée de sa petite fille avant de se faire prendre. Il a fait jurer à ses enfants de garder le secret de cette cachette. Le jeune John et sa soeur Pearl sont donc dépositaires de ce précieux héritage, ignoré de leur mère -jugée peu fiable-. Ils sont déjà au centre de l'intrigue.
Puis on fait la connaissance du prêcheur Harry Powell, au volant de sa décapotable, qui parle à son Seigneur, en quête d'une nouvelle veuve à plumer et à assassiner. Il s'assigne une mission détraquée pour chasser le vice des femmes diaboliques. Déjà dans ce premier monologue, Robert Mitchum impose un personnage fou à lier, effrayant, avec un côté fantasque également, caricatural, de véritable croque-mitaine sournois et rusé, qu'il dote d'une expressivité glaçante et cartoonesque (ce qui pourrait être contradictoire). Il sera monumental en permanence, poussant son interprétation à bout, jusqu'à la rendre hors du commun.

Emprisonné pour l'un de ses forfaits, il se trouve dans la même cellule que Ben Harper qui, pour son malheur, parle en dormant, et dévoile l'existence de son magot de dix mille dollars. Le pasteur qui occupe le lit superposé à celui du condamné, met sa tête hirsute au niveau de l'endormi, les yeux agrandis de convoitise pour lui faire avouer l'endroit. Mais son compagnon se rend compte de la manigance et se tient coi. Il n'en faut cependant pas davantage au sinistre personnage pour, après la pendaison de Harper, aller séduire sa veuve et surtout tenter de soutirer l'information cruciale aux enfants du mort.