Alors qu’hier, Charles Gassot évoquait
Erreur de la Banque en votre faveur sous l’œil de la production, aujourd’hui, celui à qui l’on doit
Intimité,
Le Goût des autres mais aussi
Tanguy a accepté de revenir sur son métier de producteur et son parcours passionnant.
Comment êtes-vous devenu un professionnel du cinéma ?Depuis l’âge de quatorze ans, j’avais envie de faire du cinéma mais je ne savais ni comment faire, ni comment entrer dans ce milieu. J’ai eu alors l’opportunité à dix sept ans de trouver un job « hyper important » et payé – amener deux mannequins finlandaises se faire bronzer à Almunia pour un film -. Lorsque je suis revenu, craignant qu’elles n’aient trop bronzé – elles rougissaient en vérité -, tout le monde avait l’air de s’en moquer. Je me suis dit alors que c’était vraiment un univers intéressant. Je voulais vraiment faire ça et c’est vrai que j’ai tout accepté ; j’ai ainsi démarré dans le cinéma d’animation au travers d’un stage de trois mois chez des gens qui venaient de la famille Grimault (
Le Roi et l’oiseau), stage où j’ai beaucoup appris. Et notamment ce que signifie une image par seconde lorsque l’on bougeait les celluloïds. Ensuite, j’ai exercé plein d’emplois différents. J’ai travaillé dans la décoration, dans l’assistanat, à la régie, j’étais un polyvalent complet. Cela m’a permis de rencontrer des gens et c’est comme cela que j’ai fait la connaissance d’
Yves Robert. Ce dernier avait une boîte de publicité dont il voulait se séparer et il cherchait quelqu’un pour la lui reprendre. Or, je n’avais pas de quoi la payer donc je la lui ai achetée et l’ai réglée sur plusieurs années. Nous étions en 1968, c’était les débuts de la publicité en France. Je me suis piqué au jeu et me suis investi tout en conservant l’idée que la publicité me permettrait de faire du cinéma par la suite. Et grâce à la publicité, j’ai découvert et travaillé avec des gens comme Pascal Thomas, Claude Miller ou Etienne Chatilliez qui était alors rédacteur dans une agence et que j’ai placé derrière la caméra, parce qu’il trouvait tous les metteurs en scène que je trouvais mauvais. J’ai travaillé également avec les metteurs en scène anglais de la grande époque,
Alan Parker,
Adrian Lyne qui étaient en concurrence avec
Ridley Scott, Tony Scott etc. A cette époque, on cherchait des chefs opérateurs anglais pour apporter une certaine touche. Or, comme la publicité que nous faisions ressemblait de plus en plus à du cinéma, beaucoup de gens avec lesquels j’ai travaillé sont passés au cinéma, les chefs de la décoration, les techniciens, les metteurs en scène. Et donc j’ai continué dans cette voie. On faisait alors des choses insensées, j’ai ainsi travaillé avec Jean-Paul Goude. Et c’est notamment avec lui que j’ai eu plus tard l’occasion unique de mettre en œuvre le défilé du Bicentenaire de la Révolution sur les Champs Elysées avant de m’occuper des Jeux Olympiques d’Albertville au côté de Philippe Découflé. Vient ensuite
Mortelle Randonnée, ma première production cinéma, sur laquelle je connais l’échec. Je m’acharne et je continue. C’est ainsi que je produis
La Vie est un long fleuve tranquille, un immense succès et que je poursuis l’aventure en continuant à apprendre la production cinématographique. Mais je suis surtout devenu producteur car les gens que je pensais intéressants, n’étaient pas produits. Et il faut dire que j’ai aussi eu de la chance, car plus j’étais naïf, plus je réussissais alors qu’à chaque fois que j’étais extrêmement sérieux, j’échouais. D’où cette idée : dans le cinéma, il ne faut pas essayer de gagner de l’argent, il faut surtout essayer de faire ce qui nous plaît. Et si l’on arrive à le faire, c’est comme cela qu’on arrive à en gagner. Donc, pour en revenir à ma carrière, à un moment donné, je me suis retrouvé à faire de la publicité (plus de cent par an), du long-métrage et des événements d’envergure. J’étais très organisé mais j’ai arrêté parce que c’était énorme à gérer et l’ampleur que cela prenait, m’effrayait. Cependant, cette habitude de passer d’une production à une autre est pour moi, restée une seconde nature. Au point que je remercie chaque jour le ciel de me permettre d’exercer un tel métier.

Qu’est ce qu’un producteur, quelqu’un de passionné ?La passion, oui, il en faut mais de manière modérée de nos jours car le marketing s’insinue de plus en plus dans la conception des films. Je pense qu’il faut être en bonne santé physique car si on n’a pas la forme lorsqu’un film ne va pas, personne ne plaint le producteur. Vous êtes là pour prendre les coups, les supporter et les encaisser sans faillir. Et il vaut mieux savoir lire. Il faut aussi être doué d’une certaine qualité d’écoute, tout en restant insensible aux génies qui daignent à un moment donné, venir faire un film avec vous comme ce fut le cas dans le passé. Je ne m’en vante pas mais j’ai notamment travaillé trois mois sur la préparation d’un film avec Maurice Pialat et on a arrêté sans donner suite parce que l’on n’avait rien à se dire.